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« Faire son temps » : Boltanski transforme la mémoire en mythe au Centre Pompidou

« Faire son temps » : Boltanski transforme la mémoire en mythe au Centre Pompidou

13 novembre 2019 | PAR Yaël Hirsch

On n’avait pas vu d’exposition aussi majestueuse de Christian Boltanski depuis Monumenta en 2010. Et au Centre Pompidou depuis 1984. Avec la complicité du President du Centre qui est aussi commissaire de l’exposition, Bernard Blistène, Christian Boltanski investit les 2000 mètres carrés du 6e étage du musée pour une rétrospective pleine de mémoire, de mystère et peut être de mystique, où il tisse la toile de son mythe. Incontournable.

« Plus on travaille, plus on disparaît et plus on devient son oeuvre ». Commençant par des autoportraits avant de se fondre dans la réinterpretations de ses œuvres, la rétrospective de Christian Boltanski au Centre Pompidou invite à découvrir, redécouvrir et réinterpréter l’intimité troublante et fantomatique du plasticien.

C’est sous les néons symboliques du « Départ » (œuvre de 2015) que commence l’exposition sonore et visuelle de Christian Boltanski au Centre Pompidou. En quatre œuvres, Boltanski se résume d’entrée de jeu : un Autoportrait x27 (2007) exprime avec l’aura fantôme de ses œuvres les plus connues le vieillissement et les possibles de l’artiste. L’on retrouvera ce travail biographique avec Entretemps (2002), une série de portraits projetés sur un rideau fait de fils et qu’il nous faut traverser. Puis viennent des raretés : une peinture acrylique des années 1960 (il les a détruites) qui résonne avec le retable en 4 panneaux : La mort du grand-père (1974). Autre morceau choisi : l’une des premières vidéos, celle de L’homme qui tousse (1969). On est très vite plongé dans l’obsession de la mémoire avec les valises de l’Essai de reconstitution (1970) et les pastiches des Vitrines de référence (1972). Il y a aussi la systématique photographique avec Les habits de François C (1971) et les séries des 62 membres du club Mickey (1962) ainsi que l’album photo de la famille de 1939, ré-exhumé en 1970.

L’on passe à travers le rideau et par un théâtre d’ombres (1984-97) pour entrer au cœur du projet d’enregistrement des cœurs de Teshima (2005) avant d’entrer dans plusieurs sombres et immenses installations si évocatrices de la Shoah où Boltanski mêle portaits (Les Véroniques, 1996), miroirs (Les miroirs noirs, 2005), lampe de bibliothèque et habits mystérieux (Le Manteau, 1991). Un ensemble de voilages (Regards, 2011) mène vers un cimetière administratif des Réserves de Suisses morts (1990) devant la perspective sur Paris. Se frayant un passage, l’on passe par l’affiche poétique de l’exposition (Misterios, 2007), seul moment de plein air pur, avant de plonger ensuite dans l’intime d’une série d’installations encore plus sombres et fantomatiques. Mêlant Prendre la parole, le Terril et Les registres du Grand Hornu sur fond de cloches blanches du désert d’Atacama (2017) ou colorées du Chili (2014), la dernière salle est d’une majesté renforcée par le sentiment d’accomplissement. Faire son temps en ayant laissé une trace permet de faire briller en bleu les néons de de L’Arrivée (2015).

Une exposition incontournable, magnifiquement scénographiée où l’idée d’art total de Boltanski se développe comme l’on déplie une tentacule, dans une matière riche de son, d’ombre, de lumière, et où le chemin parcouru est aussi fonction de l’œil du visiteur. Se déplaçant dans une toile aux contours désormais bien connus, il est invité à recomposer lui-même la « précise imprécision » chère à la poésie de Christian Boltanski.

visuel : Départ, 2015, Ampoules rouges, câbles électriques noirs, 185 x 283 cm. Courtesy Christian Boltanski et Galerie Marian Goodman. Photo © Rebecca Fanuele

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