Opéra

Une « Turandot » grandiose à l’Opéra de Munich

Une « Turandot » grandiose à l’Opéra de Munich

06 décembre 2016 | PAR Julien Coquet

Une mise en scène grandiloquente avec certains partis pris contestables ne perturbe pas la grande qualité des voix réunies au Bayerische Staatsoper pour le dernier ouvrage de Puccini.

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Forts de leur succès à l’opéra de Valence pour monter le Ring de Wagner, l’équipe barcelonaise de La Fura dels Baus persiste et signe dans cette mise en scène de Turandot présentée pour la première fois au Bayerische Staatsoper en décembre 2011. C’est ici Carlus Padrissa qui s’occupe de régler le drame de Puccini, alors que nous sommes en France plus habitués à Alex Ollé de la même troupe (Il Trovatore l’an dernier à Paris ou encore Le Vaisseau fantôme à Lyon pour n’en citer que quelques-uns). Bien sûr, de nombreux éléments issus de la mise en scène du Ring se retrouvent: ainsi, le père de Turandot, Timur, est transporté par une sorte de trône, comme c’était le cas des dieux wagnériens. Ou encore, on a renouveau affaire à l’aspect futuriste qui fait de temps en temps penser à Blade Runner.

Le travail de Carlus Padrissa est pourtant plus inspiré par une tournée que La Fura dels Baus a effectué à la fin des années 2000 en Chine. Les images de Shanghaï ont semble-t-il marquées le metteur en scène qui propose une version moderniste de la dernière œuvre de Puccini. Ainsi, alors que des enseignes lumineuses descendent, Calaf entonne son « Nessum dorma« . Cette débauche de signes faisant référence à la Chine açtuelle est très intéressante et donne naissance à de très beaux tableaux (on soulignera la qualité des costumes signés Chu Uroz). Malheureusement, cette débauche tombé dans l’excès et on aurait aimé moins de mouvements parasites sur scène. Pourquoi, alors que le peuple chante, certains font-ils du smurf en dehors de tout contexte ? Ou encore, pourquoi l’opéra commence par des jeunes femmes faisant du patin à glace ? Le point le plus crispant de la mise en scène reste le passage des trois questions de Turandot: celles-ci prononcent les énigmes tandis que Calaf pianote tranquillement sur son portable pour donner les réponses. Alors que même à Questions pour un champion tout appareil électronique est interdit, comment peut-on supposer qu’il n’en serait pas de même pour un concours visant à désigner le futur mari de la princesse la plus convoitée de Chine…?

Malgré ces quelques points, soulignons tout de même le parti pris audacieux de la mise en scène. Avoir introduit la 3D est aussi une petite révolution dans le milieu du spectacle. Pour certaines images projetées, un dessin de lunettes 3D s’affiche au niveau des surtitres pour prévenir le spectateur qu’il doit mettre ses lunettes. Et comme au cinéma, la 3D n’apporte rien…

Le Calaf de Stefano La Colla a une belle voix faisant ressortir le personnage ambivalent qu’il est: tombant amoureux d’une femme au premier coup d’œil mais aveugle face à celle qui l’aime depuis sa tendre enfance, n’ayant même aucun remord lorsqu’elle se sacrifie. Le fameux « Nessum dorma » est pris un peu trop vite et n’arrive pas à dégager l’émotion qui ressort d’habitude d’un tel air. Ping (Andrea Borghini), Pang (Kevin Conners) et Pong (Matthew Grills) sont les joyeux drilles de l’ouvrage. L’ouverture de l’acte II est parfaite pour l’harmonie qui se dégage entre les trois personnages. A la fois espiègles et tragiques, les voix forment un très bon trio. Le Timur de Goran Juri? ne nous a que moyennement convaincu lors du premier acte: sur son fauteuil roulant, le vieillard paraît trop en forme et donc en décalage par rapport à son personnage. Cependant, le troisième acte révèle une véritable voix. Pour ses brèves apparitions, l’empereur Altoum s’est révélé être un père autoritaire servi par Ulrich Ress. Pour ce qui est de la princesse Turandot, Catherine Foster est glaçante. Son aria du deuxième acte livre une femme marquée par la rigueur et la sécheresse. Dans sa très belle robe, la princesse, après avoir imploré son père, se résigne à accepter Calaf. Enfin, celle qui obtient la palme (méritée) à l’applaudimètre est la Liù de Golda Schultz. Son personnage est bouleversant par l’amour qu’elle porte au Calaf bien que celui-ci y soit aveugle. La voix projetée fait ressortir le lyrisme de l’œuvre puccinienne.

Turandot, ce n’est pas que des chanteurs isolés, c’est aussi, et surtout peut-être, un chœur, le « popolo di Pekino« . Véritable masse dotée d’une très bonne diction, le chœur de l’opéra de Munich remplit parfaitement son rôle. Cette véritable psychologie des foules, de l’envie de sang à l’apitoiement envers le condamné, ressort très bien. La direction de Dan Ettinger, que l’on a déjà entendu cette saison à Paris pour Tosca, révèle un véritable chef doué dans les œuvres de Puccini. L’orchestre sonne souvent fort mais la précision de la direction, parfaitement en harmonie avec les chanteurs et le chœur, impressionne.

Notons enfin que Turandot est ici donné chez nos voisins allemands dans la version strictement puccinienne. Ainsi, la scène finale du mariage entre Turandot et Calaf n’existe pas et l’opéra s’achève sur la mort tragique de Liù, ce qui peut surprendre.

Turandot de Puccini au Bayerische Staatsoper le samedi 3 décembre 2016 à 19h. Mise en scène de Carlus Padrissa (La Fura dels Baus) et direction de Dan Ettinger.

Visuel: ©Wilfried Hösl

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Julien Coquet

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