Opéra
« L’Elixir d’amour » à Munich: Pretty Yende tout feu tout flamme

« L’Elixir d’amour » à Munich: Pretty Yende tout feu tout flamme

06 décembre 2016 | PAR Julien Coquet

Une Pretty Yende triomphante et une mise en scène innovante font de cet Elisir d’amore un très bon moment passé au Bayerische Staatsoper.

[rating=5]

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L’opéra n’est pas avare en productions de l’Elixir d’amour de Donizetti. Rien qu’en France, nous pouvons citer de mémoire la production marseillaise de 2015, la très belle production de Laurent Pelly pour l’Opéra national de Paris ou encore, plus récemment, la production strasbourgeoise. L’ouvrage est un condensé d’humour et d’arias faisant ressortir le génie du bel canto de Donizetti, ce qui explique la fascination pour cet ouvrage. C’est donc à Munich que nous nous sommes rendus pour découvrir une autre production, montée pour la première fois au Bayerische Staatsoper en décembre 2009.

La délicatesse de la mise en scène signée David Bösch (à qui on doit plus récemment des Meistersinger à Munich aussi) explique la reprise du même spectacle depuis de nombreuses années. Lorsque le rideau se lève, avecc le lampadaire côté jardin, on pense à l’Italie des années 1950 si bien représentée par Laurent Pelly dans sa mise en scène. D’ailleurs, les costumes de Falko Herold semblent confirmer cette analyse. Mais plusieurs éléments viennent ensuite contredire la première impression. Tout d’abord, les militaires décrits par Bösch sont bien plus violents que d’habitude. Belcore est loin d’être tendre avec Adina et celle-ci échappe de peu à un viol. Cette noirceur est cependant bien vite évacuée par l’arrivée du charlatan Dulcamara. Au fond de la scène se lève un rideau et une machine futuriste apparaît. Mi-moissonneuse-batteuse, mi-vaisseau spatial, le véhicule de Dulcamara aveugle le public et l’impressionne. Loin de l’Italie d’après-guerre, le spectateur se retrouve dans un lieu incertain où les fameux élixirs sont représentés par des lumières.

La grande gagnante de la soirée se prénomme…Pretty Yende ! Ce nom ne vous ait peut-être pas inconnu puisqu’elle était Rosina l’an dernier et Lucia il y a à peine un mois à Bastille. Cette jeune soprano sud-africaine n’est plus une étoile montante, elle est tout simplement une étoile. Doté d’un fort charisme, la chanteuse parvient à aller chercher les notes les plus hautes lors de la scène d’explication avec Nemorino lors de l’acte II, insufflant un frisson qui parcourt le public (une petite fille, juste devant nous, a fixé sa mère avec de grands yeux, impressionnée). Le Nemorino, mal rasé et piétrement habillé, d’Atalla Ayan est certes un niveau un peu en-dessous mais son jeu scénique est remarquable. Chanter « Una furtiva lagrima » en haut du lampadaire est une chose peu aisée mais le chanteur parvient à faire ressortir, durant le seul passage triste de l’ouvrage, toute l’émotion de son air. Andrei Bondarenko campe un Belcore effrayant aux beaux graves. C’est une bonne idée que d’avoir donné un plus grand rôle à Gianetta (Tara Erraught), personnage d’habitude plus effacé. Ici, comme Nemorino, elle se morfond d’un amour à sens unique. Avec des bigoudis et une robe stupide, le personnage est vite attachant. D’autant plus que la voix suit impecablement, comme le prouve le passage où elle raconte le décès de l’oncle de Nemorino. Une véritable découverte ! Le Dulcamara d’Erwin Schrott est tout aussi attachant avec son style décontracté et ses dreadlocks. Avec une bonne dose d’humour, un italien parfait et une diction travaillée, le charlatan remporte l’adhésion du public munichois. Un bravo aussi à la direction précise de Daniele Callegari !

Le spectacle, vous l’aurez donc compris, est une véritable réussite. La mise en scène regorge de trouvailles intelligentes, comme l’utilisation de ballons qui flottent en permanence et dessinent un cœur. Ou encore, toutes ces femmes du fabuleux chœur de l’Opéra de Munich qui, à l’annonce du décès de l’oncle de Nemorino, s’empressent d’enfiler une robe de mariée et d’aller courtiser le jeune homme. Un tel spectacle, un tel bonheur ne pouvait que finir par une apothéose. C’est chose faite : alors que les surtitres clignotent pour afficher « Erreur 404 », des confettis tombent du ciel alors qu’Adina et Nemorino paraissent sur l’étrange machine, heureux.

L’Elisir d’amore de Donizetti au Bayerische Staatsoper le vendredi 2 décembre 2016 à 19h30. Mise en scène de David Bösch et direction de Daniele Callegari.

Visuel: ©Wilfried Hösl

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