Opéra
« Tosca » à l’Opéra Bastille: Un moment de pure émotion

« Tosca » à l’Opéra Bastille: Un moment de pure émotion

09 septembre 2022 | PAR Jean-Marie Chamouard

L’opéra de Giacomo Puccini, Tosca, est repris à l’Opéra Bastille du 3 Septembre au 26 Novembre 2022 (avec 17 représentations au total). L’orchestre et les chœurs de l’Opéra de Paris sont dirigés par Gustavo Dudamel. La mise en scène est de Pierre Audi.

L’opéra de Giacomo Puccini, Tosca a été crée à Rome le 14-01-1900 il rencontra d’emblée le succès. Il s’inspirait de la pièce de Victorien Sardou qu’avait beaucoup aimé Puccini lorsqu’il l’avait vu en 1889 avec Sara Bernhard dans le rôle de Tosca. L’opéra nous ramène à Rome en 1800 pendant les guerres napoléoniennes. La brève république romaine fondée deux ans plus tôt par Bonaparte s’est effondrée et Rome vit sous le joug du roi de Naples Ferdinand IV. Mario Cavaradossi est un peintre aux sympathies républicaines, Floria Tosca une cantatrice célèbre. Les deux amants vont être les victimes de la violence politique d’une époque troublée. Une violence incarnée par le Baron de Scarpia.

Un drame sublimé par la musique et les chanteurs

Le rideau se lève sur cinq accords, puissants, menaçants, les accords de Scarpia qui annoncent la violence à venir. L’orchestre soutient le drame, l’amplifie, majore son intensité émotionnelle comme dans une musique de film qui serait parfaite. Les ruptures musicales sont nombreuses, inopinées annonçant les rebondissements de l’intrigue. L’orchestre joue seul au début du troisième acte lorsque l’aube se lève sur la prison de San Angello. La musique est douce, apaisante, elle se mêle aux cloches de Rome et au chant d’un pâtre. Un calme trompeur, un moment de grande beauté musicale.
La distribution est de grande qualité. La cantatrice espagnole Saioa Hernandez est familière du rôle de Tosca qu’elle a également interprété à la Scala de Milan, aux Arènes de Vérone, à l’opéra de Berlin. Le spectateur découvre sa voix envoûtante dès son arrivée dans l’église, puis lors de ses duos d’amour avec Cavaradossi. Elle est une amoureuse convaincante, tendre, drôle, jalouse aussi. Elle est très émouvante, pathétique dans son rôle de victime d’une violence qui la dépasse. Ses déplacements, ses gestes sa voix son regard sont ceux d’une femme séquestrée, menacée, traquée. Au sol, terrassée par la douleur elle chante son désespoir dans le célèbre « Vissi d’arte » : la beauté de la mélodie et de la voix de la cantatrice sont saisissants. Un moment de grande émotion qui suscitera les applaudissements du public.
Le ténor maltais Joseph Calleja interprète Mario Caravadossi. Dans sa déclaration d’amour à Tosca sa voix est chaude, puissante puis douce, rassurante. Joseph Calleja incarne successivement le peintre amoureux insouciant peut être, puis un prisonnier qui descend aux enfers. La souffrance, la détresse de Caravadossi puis sa résignation sont palpables. Dans un paysage désolé, face aux soldats Joseph Calleja est très émouvant dans « E Lucevan le stelle » sa dernière déclaration d’amour à Tosca. Un chant magnifique.
Bryn Terfel incarne un baron de Scarpia impressionnant. Sur scène sa seule présence physique est inquiétante. Sa voix se fait tour à tour menaçante, colérique, puis cajoleuse, séductrice. Il est très angoissant lorsqu’il traque Tosca tel un prédateur sexuel. Une grande performance de chanteur et d’acteur

Une mise en scène privilégiant l’intensité dramatique

L’opéra de Puccini est apparu lors de sa création en 1900 comme moderne et novateur. C’est un drame musical italien, une vraie narration. Pour Pierre Audi « Tosca est une véritable tragédie au sens grec du terme ». Sa mise en scène vise à souligner cette intensité dramatique. Pari réussi. Il utilise les contrastes : ainsi le deuxième acte se déroule dans la salle à manger de Scarpia au Palais Farnèse, le décor est confortable, égayé par les tentures rouges mais un drame s’y prépare. Les ruptures sont frappantes, choquantes comme l’arrivée du fugitif puis de Scarpia et des policiers dans l’église. Le réalisme aussi : la lame du couteau dont s’empare Tosca est luisante, très visible. Le décor du troisième acte est saisissant, rappelant Pasolini : c’est un paysage dévasté, formé d’arbres morts, surmonté d’une gigantesque croix. Dans un tel endroit le drame ne peut qu’être total. Enfin le metteur en scène utilise les symboles comme la robe rouge et le manteau noir de Tosca visitant le prisonnier. Comme la scène finale : au moment du suicide de Tosca, la mort est représentée par une lumière blanche, puissante et blafarde, vers laquelle elle marche inexorablement comme vers un autre monde…

« Tosca » : un message universel

Le contexte historique est important dans Tosca. Lors de sa création un siècle plus tard, la situation politique italienne est perturbée marquée par l’instabilité sociale et une dérive autoritaire. Tosca peut aussi être vue comme un avertissement de Puccini. Un avertissement prémonitoire … Le costume noir des policiers, la posture très mussolinienne de Scarpia dominant la scène à la fin du premier acte pourraient y faire penser. Au-delà du contexte historique l’œuvre garde une modernité, une valeur universelle aussi, dans sa condamnation de la violence et de l’arbitraire. La beauté et le sens profond de l’opéra ont été sublimés par l’interprétation superbe de Gustavo Dudamel et des chanteurs lyriques. 

Tosca, de Giacomo Puccini, Direction musicale : Gustavo Dudamel (3 > 18 sept.) / Paolo Bortolameolli, Mise en scène Pierre Audi, Décors Christof Hetzer, Costumes Robby Duiveman, Lumières Jean Kalman, Dramaturgie Klaus Bertisch, Chef des Chœurs Alessandro Di Stefano, Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris, Maîtrise des Hauts-de-Seine/Chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris, Floria Tosca Saioa Hernández* (sept.) Elena Stikhina (oct., nov.), Mario Cavaradossi Joseph Calleja (3 > 24 sept. – 11 > 26 nov.) Brian Jagde (20 oct. > 8 nov.), Barone Scarpia Bryn Terfel (3 > 15 sept.) Alexey Markov (18, 24 sept.) Gerald Finley (20 > 29 oct., 3 > 11 nov.) Roman Burdenko* (17 > 26 nov.).

visuel(c)Svetlana Loboff

Playlist pour la reine d’un soir
Le Centre Pompidou fait sa rentrée littéraire avec le festival Extra !
Avatar photo
Jean-Marie Chamouard

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.


Soutenez Toute La Culture