Danse

« Tragédie » : les 18 danseurs d’Olivier Dubois livrent une bataille nue dans le cadre de Paris l’été

« Tragédie » : les 18 danseurs d’Olivier Dubois livrent une bataille nue dans le cadre de Paris l’été

22 juillet 2018 | PAR Yaël Hirsch

C’est dans la cour du lycée Jacques-Decour que le Festival Paris l’été propose de (re)découvrir la pièce maîtresse du Directeur du Ballet du Nord / CCN de Roubaix Nord-Pas de Calais pour 18 danseurs : Tragédie (2012). Un ballet à corps nus et à rythme perdu qui a envoûté son public. 

Pour lire notre critique d’une précédente représentation de Tragédie, c’est ici.

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Les cours majestueuses du lycée Jacques-Decour se sont vidées de leurs élèves pour laisser place à un joyeux bar en plein air où le public de Paris l’été boit des verres et refait le monde. La file est déjà faite pour entrer dans la cour encore cachée où la scène est installée et les spectateurs attendent sagement d’aller se placer. À l’arrivée on nous conseille fortement de prendre des bouchons pour les oreilles. On s’installe en plein air, dans la tiédeur sensuelle d’un soir d’été parisien parfait et on attend. Le spectacle commence avec environ vingt minutes de retard. Il y a d’abord le son, minimal et puissant; un battement, un cœur qui frappe comme un gond lancinant. Ce bruit tellurique gagnera parfois en intensité, mais pendant 1 h 30, il ne cessera jamais.

D’un épais rideau noir de fond sort une première danseuse. Elle avance, elle marche au sens martial du terme, comme une guerrière donc ou comme une top modèle qui défile. Elle est entièrement nue sous ses cheveux blonds mais la lumière semble faire de sa peau d’opale une armure. Elle est bientôt rejointe par une deuxième femme, puis ce sont des hommes qui sortent, puis 6, 12, 18 danseurs, nus et qui marchent, rapides, qui font des tours, frontalement face à nous.

Certains tableaux sont foudroyants

C’est après un très long premier moment que le mouvement change et que les danseurs embrassent la largeur de la scène puis se désaxent pour former un bateau ivre. Sous l’effet du stroboscope, et de la lumière qui sculpte, comme battus par la techno profonde, ils incarneront tour à tour une humanité qui tombe et est balayée derrière le rideau noir, le grincement d’un déluge, le mouvement d’une pagaille et l’ordre fouriériste d’un Kama-Sutra où les hommes et les femmes interprètent détachés les positions de l’accouplement. Mais il reviendront toujours à ce mouvement originel, à la fois simple, violent et impossible à parfaire : marcher.

C’est beau, c’est lent, certains tableaux sont foudroyants, c’est hypnotisant, ce rythme, fascinant ces corps si divers et tous égaux. C’est déshumanisé, cette nudité de guerre et quand la nuit et le silence tombent et que les danseurs reviennent habillés chacun selon son style, on applaudit doublement ce retour à une vie singulière. Un spectacle ovationné debout à Paris l’été.

Tragédie d’Olivier Dubois / collaborateur artistique : Cyril Accorsi / musique : François Caffenne / lumières : Patrick Riou / régie générale : François Michaudel / régie lumière : Emmanuel Gary / avec : Sandra Savin, Marie-Laure Caradec, Aurélie Mouilhade, Inés Henandez, Jaquelyn Elder, Karine Girard, Loren Palmer, Sébastien Ledig, Thierry Micouin, Benjamin Bertrand, Mathieu Calmelet, Jorge Calderon More, Mohamed Kouadri Sameut, Steven Hervouet, Aimée Lagrange, Marie Leca, Steven Berg, Sylvain Decloitre

Photo © François Stemmer

Infos pratiques

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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