Danse
« The Day », Lucinda Childs en prête-nom au Théâtre de la Ville

« The Day », Lucinda Childs en prête-nom au Théâtre de la Ville

29 janvier 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

The day est la nouvelle création de l’une des icônes de la danse post-moderne américaine. Le nom de Lucinda Childs associé à celui du Théâtre de la Ville est normalement une valeur-sûre de beauté et de geste pur. Il n’en est rien, mais alors vraiment rien. 

Ce que l’on adore chez Lucinda Childs c’est son rapport à l’essence du mouvement. Dance, son chef d’oeuvre, était en 1979 une collaboration avec Sol Lewitt et Philip Glass où avec le minimalisme qu’elle maîtrise, les répétitions et les traversées étaient obsédantes. Ensuite, les très beaux spectacles ont emboîté le pas. Par exemple, en 1983, un an après que Anne Teresa de Keersmaeker ait changé le regard sur la danse avec Fase (à revoir au Théâtre de la Ville du 12 au 22 février), Available Light questionnait également le contrepoint dans une expérience hypnotique et charnelle.

Dans le programme de salle de The Day, puisqu’il faut parler du présent, il est écrit : « The Day est un hymne à la vie, un requiem à la mort ». La pièce vient comme un mémorial panser les peines des contemporains du 11 septembre 2001.

Sur le plateau, une pente avec un effet miroir, sur laquelle se trouve Maya Beiser avec son violoncelle, et de l’autre côté de la scène, la danseuse classique Wendy Whelan apparaît posée comme une statue, toute de blanc vêtue, assise, une jambe en appui repliée, et l’autre ultra tendue.

Toutes les six secondes, le texte de David Lang  arrive. Il s’agit d’un montage classé par ordre alphabétique, du resultat d’une collecte sur google en réponse à la requête « I remember the day, that i », et sans surprise, cela donne une succession de poncifs quotidiens qui une fois sortis de leur contexte ne sont que du vent. Morceaux choisis : « J’ai parlé-Je me suis parlé sérieusement-J’ai goûté le vin-J’y ai pensé aussi… » Bref, on s’ennuie fortement face à cette proposition plate qui manque d’âme.  La musique de Lang se niche normalement entre Reich et Glass, mais là l’accumulation des propositions rend le tout inaudible par trop de mièvrerie. 

Le violoncelle est amplifié de multipistes, ce qui rend le son omniprésent. La danse qui se veut un agglomérat de postures semble être un collage de la grammaire de Lucinda sur un corps qui ne peut pas le recevoir. Wendy Whelan le dit « Je suis une danseuse classique, qui a fait toute sa carrière au New York City Ballet ». Elle semble empêtrée avec des accessoires imposés (tissus, élastiques, bâtons) qui sont censés lui offrir plus de lignes géométriques. Cela ne fonctionne pas. 

Sur le fond, le message est niais. Le blanc de la première partie vient se confronter au noir de la seconde, dans un changement d’espace. La musique est plus proche de nos univers répétitifs, mais c’est trop tard, rien n’y fait, The day glisse sur nous sans s’accrocher. On sort de l’Espace en Cardin en urgence, avec la désagréable sensation que le nom de Lucinda est ici un prétexte à faire venir un public, et on ne reconnait en rien  l’écriture géniale de cette chorégraphe. 

Visuel :© Théâtre de la ville

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2 thoughts on “« The Day », Lucinda Childs en prête-nom au Théâtre de la Ville”

Commentaire(s)

  • A voir et à danser

    Tout à fait d’accord avec vous Amélie, une pièce d’un ennui absolu : une première partie « chichiteuse » avec ces accessoires (cordes et bâtons) de majorette ou de première communiante, qui de plus, dans sa mise en abîme vidéo relève d’un simple plagiat de « Dance ». Une seconde partie musicale qui sauve un peu du naufrage complet. Difficile d’y reconnaître Lucinda Childs…

    février 2, 2020 at 1 h 43 min
  • Fangantigone

    Tout-à-fait d’accord avec l’article ; c’est d’un ennui constant…
    et même ridicule parfois

    février 6, 2020 at 10 h 31 min

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