Danse

« Rencontre » entre Andrés Marín et Kader Attou au Théâtre Les Gémeaux

« Rencontre » entre Andrés Marín et Kader Attou au Théâtre Les Gémeaux

13 avril 2015 | PAR Constance Delamarre

Le hip-hop et le flamenco, deux langages chorégraphiques qui semblent aux antipodes. Le dialogue entre l’un des pionniers du hip-hop en France et l’un des artistes les plus significatifs du flamenco actuel, témoigne en effet de ces différences. Mais leurs gestuelles, aux énergies très contrastées, se font pourtant écho. Une rencontre entre le duel et le miroir.

Andrés Marín est dans une énergie tout en retenue et en tension, très ancrée dans le sol avec le zapateado (sorte de claquettes). Son corps est droit, presque rigide, dans une attitude à la fois ténébreuse et inflexible. Ses mouvements sont nets et scandés par les palmas. Les ondulations de ses mains, et même de ses doigts un par un, apportent une légère une subtilité qui contraste avec les appuis décisifs de ses pieds. Une forme d’enivrement se dégage des tours, des déhanchés et des contorsions très marquées.

Kader Attou est dans une énergie qui semble spontanée et très aérienne. Dans une attitude relâchée et dégagée de toutes contraintes, son corps ne fait aucun bruit. Chacun de ses mouvements se fond dans l’espace, et même les passages au sol ou les acrobaties se font en délicatesse. Il se déplace dans une forme d’instabilité qui constitue la part de vertige de la danse. La souplesse et de la fluidité sont apportées par toutes les ondulations de son corps, de ses bras, de ses jambes, de son torse.

La différence entre ces deux énergies  – l’une dans la tension et l’appui, l’autre dans la légèreté et l’instabilité – se reflète dans la rencontre entre les deux hommes. L’un semble dominer l’autre par sa droiture, et l’autre se rebelle par son déploiement. Un duel entre le flamenco et le hip-hop, qui est accentué par la mise en scène : les deux danseurs s’expriment chacun leur tour quand leur espace s’éclaire, ou bien simulent un affrontement sur deux chaises face à face.

Mais une ambivalence se dégage de cette lutte, car certains mouvements sont les mêmes. Andrés Marín et Kader Attou dansent la même chose, en même temps, comme face à un miroir. Leur langage chorégraphique est différent, mais le résultat exprimé est identique. Le flamenco a-t-il influencé le hip-hop ? Ou Andrés Marín s’inspire-t-il de ce genre pour s’affranchir des traditions ? Peu importe. Le flamenco et le hip-hop sont des danses contemporaines, c’est-à-dire en vie, et évoluent, se cherchent, se confrontent, se rencontrent. Ce qui fait toute la force de ce duel en symétrie.

Visuels © TNC

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Constance Delamarre

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