Danse

Pina par ceux qui l’ont connue

Pina par ceux qui l’ont connue

24 octobre 2013 | PAR Soline Pillet

En novembre 2009, quelques mois après la disparition de Pina Bausch, un hommage lui était rendu dans plusieurs institutions de la capitale. Une table ronde unique fut organisée par l’Institut Goethe, donnant la parole à ceux qui eurent la chance de fréquenter la grande dame, voire de devenir son ami. Dans le cadre des 40 ans du Tanztheater Wuppertal (1), nous avons ressorti de nos archives quelques moments choisis de cette soirée afin de dresser un portrait sensible et inhabituel de la discrète chorégraphe dont la renommée ne semble vouloir faiblir.

Gérard Violette, ancien Directeur du Théâtre de la Ville et ami de Pina Bausch:

   « J’ai vu Les Sept Péchés Capitaux en 1976, et cela a été le plus grand choc de ma vie. A l’époque, face aux pièces de Pina, les salles se vidaient, Le Figaro parlait de ‘fascisme’… Les habilleuses du Théâtre de la Ville me demandaient: ‘Vous aimez vraiment ça?’

Pina ne faisait pas de spectacles, et ses danseurs n’étaient pas des interprètes – même si Pina engageait un sosie quand un danseur partait. Elle a construit une oeuvre à partir de la liberté de tous.

Pina était davantage elle-même à Wuppertal, son essence était la Ruhr. Ses oeuvres créées là-bas sont plus profondes, elles contrastent avec celles créées en résidence, à partir de la chute du Mur de Berlin, qui ont pour ambition d’apporter du bonheur à ceux qui les regardent.

Elle a créé Bandonéon, une pièce très austère, après la mort de Rolf Borzik, son compagnon, de leucémie. Pina a été contente du scandale soulevé par la reprise de la pièce en 2007 au Théâtre de la Ville (2).

Quand Pina a monté Le Sacre du Printemps à l’Opéra de Paris, elle a foutu la pagaille car elle ne respectait pas la hiérarchie et confiait les rôles sans se soucier du grade des danseurs. Pendant les répétitions, elle a demandé aux danseuses de venir sans maquillage pour mettre toute l’énergie de l’humanité dans l’histoire de l’Elue qui danse jusqu’à la mort.

 Pina ne voulait jamais imiter, copier, mais saisir l’esprit d’un lieu ou d’une époque, comme elle a saisi l’esprit de l’Inde avec Bamboo Blues. D’ailleurs pour cette pièce, elle a refusé d’utiliser des musiques sacrées indiennes car elle pensait que sa pièce n’en était pas digne…

Depuis la disparition de Pina, la compagnie est là. Lors de l’hommage qui lui a été rendu à Wuppertal après sa mort, le public a fait une standing ovation de dix minutes face à une scène vide…

Il n’y a pas de rupture entre les deux périodes de l’oeuvre de Pina: la noirceur et la dureté des rapports demeurent. La reprise de Kontakthof avec des personnes âgées est très dure. Pina aura repris le thème de la catastrophe jusqu’à la fin. »

Georg Lechner, Directeur du Goethe-Institut de Paris de 1986 à 1992

  « J’ai rencontré Pina en Corée du Sud en 1979. Elle était extrêmement timide et me demandait de ‘ralentir mes questions’. Alors que je la connaissais depuis un quart d’heure, elle m’a annoncé la mort prochaine de Rolf, son compagnon, qui était tout pour elle. Elle a eu son fils en 1981, Rolf Salomon, pour compenser cette perte. 

Pina se méfiait des mots. Elle ne savait pas s’exprimer. Tout était dans le regard.  Elle était douleureuse, sensuelle, drôle.

Pina assistait à toutes les représentations et adorait les standing ovations, c’était ses moments de bonheur. ‘Mille chevaux gris ne font pas un cheval blanc’ disait Goethe. Pina était un cheval blanc. »

(1) Un Jubilée est organisé pour les 40 ans de la compagnie, avec des événements exceptionnels organisés à Wuppertal, Düsseldorf et Essen autour de l’oeuvre de la chorégraphe: expositions, films, concerts, représentations, ateliers, tables rondes… Voir le programme détaillé ici: http://www.pina40.de/pina40/EN/program.php

(2) Lors de sa reprise au Théâtre de la Ville en 2007, et contre toute attente, Bandonéon fut très mal accueilli par le public. De nombreux spectateurs quittèrent la salle ou manifestèrent verbalement leur mécontentement. Voir l’article de Télérama du 23 juin 2007 à ce sujet: http://www.telerama.fr/divers/19178-vraiment_trop_bausch.php

 

Visuel : (c) Théâtre de la Ville

 

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Soline Pillet
A 18 ans, Soline part étudier la danse contemporaine au Québec puis complétera sa formation par les arts visuels à l’Université de Brighton. Au cours de son apprentissage, elle participe à des projets éclectiques en tant que danseuse. Également passionnée par l’écriture, elle rejoint les bancs de la fac en 2007 afin d’étudier la médiation culturelle à la Sorbonne Nouvelle. C’est par ce biais qu’elle s’ouvre au théâtre, au journalisme, et à toutes les formes d’art. Aujourd’hui, Soline rédige un mémoire sur la réception critique de la danse contemporaine tout en poursuivant sa passion pour la danse et l’écriture. Après avoir fait ses premiers pas de critique d’art pour le site Evene, elle rejoint l’équipe de la Boîte à Sorties en septembre 2009.

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