Danse

Le printemps de l’humanité sacré par Pina Bausch

Le printemps de l’humanité sacré par Pina Bausch

12 juin 2013 | PAR Bérénice Clerc

Pour les cent ans du Sacre du Printemps au Théâtre des Champs Elysées, le Wuppertal théâtre de Pina Bausch danse du 4 au 7 juin devant des spectateurs éblouis par cette pièce mythique.

 a4b5d64695249105e34fa9209ed51ec718dd364f

Dès le métro et le long des trottoirs, les gens armés de petites pancartes griffonnées ou finement préparées cherchent des places pour voir Le Sacre du Printemps de Pina Bausch.

La salle est comble, pas un espace vide, si ce n’est peut être celles sans visibilité.

Le TCE a choisi de montrer un film avant le spectacle, des répétitions de Pina Bausch avec une danseuse pour le Sacre du printemps, le film est très intéressant, observer le travail, la quête de la perfection a du sens, mais dans une salle de spectacle cela semble long et inutile, tout le monde attend la chorégraphie. 45 à 50 minutes de danse de cette qualité, ce n’est pas rien, les spectateurs auraient à n’en pas douter préféré regarder le film chez eux et ne vibrer au TCE que pour la danse.

L’entracte est agréable, un ballet de techniciens installent de la terre au sol, ils vident des bacs et ratissent pendant de longues minutes pour obtenir un sol plat, un plateau de terre, relief organique sur lequel aura lieu le spectacle.

Les spectateurs présents applaudissent le travail technique et la danse peut naître.

Stravinsky fit scandale avec son Sacre, aujourd’hui cette musique est culte, Pierre Boulez une référence mondiale et nos oreilles habituées aiment à l’entendre et vivent ses fracas avec éclats.

Des les premières secondes, le monde naît sous nos yeux, féminin, masculin, hors du genre, des femmes, des hommes aux physiques multiples habitent la scène, se meuvent, dansent, sautent, partent, reviennent, re-partent, reviennent, se croisent, s’enlacent, se séparent, tournent, vrillent, tombent, se relèvent, retombent, se relèvent et retombent encore sur une vague musicale vitale semblant sortir de leur propre corps. L’humanité entière est sur le plateau, fragile, grande, petite, immense, minuscule, joyeuse, triste, bouleversée, bouleversante, emportée par le vent mauvais, soulevée par la lumière, elle tournoie, meure et ressuscite sans jamais perdre son souffle sa vie intérieure, son énergie abyssale, fondamentale et surpuissante.

Un orchestre en fosse eut été agréable mais la puissance du mouvement, la folie des gestes, l’emportement du jeu font oublier la bande son de grande qualité. Théâtre, danse, ethnologie, musique, souffle, lumière, image, visions, tout est dans ce Sacre, rien ne manque, rien n’a vieilli, une femme seule se perd, n’a plus de repère, son phare semble ne plus la guider, rouge parmi les blancs elle peine à comprendre les codes, s’éloigne, a peur, se rapproche, aime, tremble, se rejette, sa quête est sans limite, son corps va jusqu’au bout du bout du bout de la danse, du souffle, du rythme sans jamais s’épuiser, elle porte la vie comme un idéal chevillé au corps. Impossible de décrire ce ballet, les mots sont trop étroits pour étreindre l’ampleur du travail de Pina Bausch, l’émotion trop forte pour la réduire en verbes, Pina danse ailleurs, sa silhouette fine, de noir vêtue n’est plus visible sur les sièges du Théâtre de la Ville, mais sa compagnie est une trace à suivre pour vivre ou revivre la danse, le théâtre, l’art unique de Pina Bausch.

Léo Ferré, de nombreux hommages pour les 20 ans de sa disparition
Kontakthof, dans les pas de Pina Bausch au Théâtre de la Ville
Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *