Danse

Pina Bausch

27 octobre 2009 | PAR Alienor de Foucaud

Lorsque Pina Bausch fait irruption sur la scène, elle bouleverse ce que l’on croyait savoir de l’art chorégraphique jusque là. Elle se tient précisément au point crucial ou « ça » danse et elle rend manifeste ce qui jusque là était latent.

En quelques dates…

Philippina Bausch, dite Pina, est née le 27 juillet 1940 à Solingen. Elle entre à la Folkwang-schule d’Essen sous la direction de Kurt Jooss en 1955. Lauréate du prix Folkwang, elle obtient une bourse pour les Etats-Unis en 1959.

En 1973, elle fonde le Tanztheater Wuppertal et y fait entrer des danseurs du Folkwang Tanz-Studio.

1975 marque la création de deux ballets importants : Orphée et Eurydice ainsi que Le Sacre du Printemps. En 1978, Café Müller fait son apparition sur scène.

En France, sa première programmation au Théâtre de la Ville se fait en juin 1979 et au festival d’Avignon en 1981.

Enfin, en 1997, le Ballet de l’Opéra de Paris inscrit Le Sacre du Printemps à son répertoire.

Pina Bausch est décédée le 30 juin 2009.

Un amour dévastateur


C’est au sein d’une Allemagne en guerre, puis vaincue et ruinée, qu’est née et a grandi Pina Bausch. Fille d’un tenancier de café, elle se perd toute petite dans la forêt de pieds de table et chaises où elle se réfugie, appréhendant avec l’effroi et l’émerveillement des innocents ce monde étrange et brutal des adultes : « Je parlais très peu, jusqu’au jour où j’en suis arrivée à être muette. C’est à ce moment que je me suis tournée vers le théâtre et la danse, seuls domaines où j’osais encore exprimer quelque chose. »

Au sein de cette quête d’une enfance perdue, s’intercalent les angoisses les plus violentes, la peur de l’humanité toute entière selon la chorégraphe. La gestuelle de Pina Bausch capte donc l’essentiel des conflits humains, ses atmosphères nous plongeant au cœur même de la tragédie de notre existence.

Au-delà du bon et du mauvais goût

Mélange des formes, du rire et de l’angoisse, de la réalité et des apparences… Pina Bausch cultive une certaine esthétique de la laideur, maquillages débordants, corps maigres ou grassouillets, poils aux pattes, vieilles fripes… Où sont les corps glorieux des danseurs ?

Ici, danse et théâtre se superposent, les corps exhibent leurs failles, et de temps en temps, on  parle pour ne rien dire. En travaillant le mouvement quotidien, le geste anodin, Pina Bausch invente un nouveau langage. Parce que là où le verbe devient maladroit ou impuissant, elle sait arracher à l’individu l’essentiel de lui-même, sans autre intermédiaire que son corps et sa voix. A travers le travail de l’improvisation, ceux qu’elle pousse dans leurs retranchements les plus intimes livrent alors leur vérité brute et quotidienne.

Pour la chorégraphe, le plus important c’est « ce que vous voulez dire et comment le dire. Comment à travers la danse, ou un autre moyen d’expression, le rendre accessible et compréhensible. »

Un théâtre de danse


Pian Bausch veut que l’on voie les danseurs en tant « qu’êtres humains qui dansent ». Sa danse n’est pas désir de corps idéal, mais l’acte de donner corps aux désirs, de redonner vie à une mémoire enfouie, à même la chair de celui qui danse. Elle met donc en scène une différence radicale, qui pour l’instant n’a de nom dans aucune langue, le Tanztheater ou théâtre de danse. Ce n’est pas de la danse car les danseurs qu’elle met en scène n’exécutent pas une danse. Ils sont. Ils sont là dans toute leur intensité d’individus. C’est pourquoi ce n’est pas du théâtre : ils ne sont pas des personnages mais des personnes, des danseurs qui, se dévoilant, ne représentent qu’eux mêmes, et par là même, reflètent l’humanité toute entière.

Le danseur n’est donc ni tout à fait un art, ni tout a fait un homme mais les deux à la fois….

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Alienor de Foucaud

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