Danse
« Peculiar » Ana Morales : le retour du baile flamenco

« Peculiar » Ana Morales : le retour du baile flamenco

18 juin 2022 | PAR Jane Sebbar

La compagnie Ana Morales présente sa nouvelle création « Peculiar » à la Grande Halle de la Villette du 16 au 18 juin. Une occasion de redécouvrir le baile flamenco dans toute sa virtuosité mais un projet dont l’intention chorégraphique demeure assez mystérieuse …

3 danseurs, 4 musiciens qui déambulent sur la scène. Ils murmurent en espagnol. On distinguent certains mots. « Ana Morales ». « Flamenco ». Et soudain, la danse s’enclenche. Un danseur adopte la gestuelle typique. Ses pieds frappent le sol. Son corps s’élève vers le ciel. Ses bras dessinent des arabesques. Ses mains claquent. On plonge dans le rythme précis et fracassant du folklore populaire andalou. Et o !

Des gestes passionnés, mais une diction désincarnée

Mais très vite, on se perd dans les méandres d’une chorégraphie qui ne nous mène nulle part. Les séquences se succèdent sans continuité. Le chant mélismatique de Tomas de Perrate habille les gestes passionnés d’Ana Morales, l’un des noms les plus en vue de la scène flamenco. Mais les phrases déclamées par l’une des interprètes, auxquelles se superposent un chant de harpe, se perdent dans la salle sans atteindre les oreilles des spectateurs. La diction désincarnée, très lente de la chanteuse détonne avec les gestes secs et rigides des danseurs de claquettes. L’interprète répète sans cesse « mujeres » mais sans conviction. Plutôt qu’une harmonie, le tout crée une cacophonie qu’on peut avoir du mal à appréhender. En témoignent les quelques spectateurs qui quittent la salle avant la fin du spectacle.

La danse de la colère

La fougue de cette danse de la colère se fait sentir à certains moments du spectacle qui nous inspire à nouveau. Comme le duo entre un danseur et le célèbre chanteur flamenco Tomas de Perrate dont la voix rauque résonne dans tout notre corps. C’est un véritable dialogue qu’entreprennent les deux interprètes. L’un chante et l’autre danse. L’un fracasse ses claquettes sur les planches. L’autre le prend par la main et lui adresse un cante jondo dont les mélismes allongent certaines voyelles et donnent de l’intensité au sentiment. Ils se parlent et se répondent, inventant un nouveau langage artistique qui entremêle le corps et la voix. Un autre duo, ou plutôt un duel, entre deux danseuses qui se lancent dans des chorégraphies électriques, se jetant à terre sans jamais s’avouer vaincues. Une danse-combat qui fait ressortir la puissance du baile flamenco.

Entre tradition et renouvellement

Les motifs traditionnels du folklore andalou s’imposent sur la scène. Le chanteur Tomas de Perrate n’est nul autre que le descendant de l’une des plus grandes dynasties gitanes du Cante. Les cheveux attachés en chignon, Ana Morales se pare des robes éblouissantes dont le tissu virevoltant laisse sensuellement apercevoir les jambes élancées de la danseuse et dont les multiples volants s’élargissent pour former une traîne. Renouvelant la tradition, « Peculiar » installe une atmosphère froide, parfois hostile, qui contrevient à l’ambiance festive et chaude des danseurs de flamenco. La couleur verte irradie le plateau, faisant écho à la robe verte inattendue d’Ana Morales, les bailaoras étant souvent vêtues de rouge. Aux performances plateaux des artistes s’ajoutent des séquences vidéo qui mettent à l’honneur une Ana Morales en cours de création. Un spectacle inspirant qui réussit à compenser les incohérences chorégraphiques par une capacité à réinventer la danse de la colère. Une danse « peculiar », étrange, bizarre, qui détonne et qui marque les esprits.

Visuel : © affiche officielle Dossier de Presse

Decouflé 100% rock à Montpellier
Prix Dauphine pour l’Art Contemporain : Jeunesse, silence et politique
Jane Sebbar

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.


Soutenez Toute La Culture