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Prix Dauphine pour l’Art Contemporain : Jeunesse, silence et politique

Prix Dauphine pour l’Art Contemporain : Jeunesse, silence et politique

19 juin 2022 | PAR David Rofé-Sarfati

Dans le silence, on ne sait pas * ! : c’est le thème du IXe Prix Dauphine pour l’Art Contemporain qui expose ses six nominés au Sample, un lieu associatif pluridisciplinaire et festif de Bagnolet, du 9 au 26 juin 2022.

 

Organisé depuis 2014 par un collectif d’étudiant.e.s en Master 2 «  Management des Organisations Culturelles » de l’Université Paris-Dauphine, ce prix entend favoriser l’émergence de jeunes professionnel.le.s de moins de 30 ans : six binômes Artistes/curateurs.curatrices sélectionnées parmi 95 candidats sont exposés au Sample, un magnifique tiers-lieu collaboratif agrémenté d’une salle d’exposition et d’un grand jardin de 1500 m² avec bar et restaurant. C’est donc loin de son territoire sociologique et de son campus du XVIe arrondissement que le prix Dauphine s’expose… marquant ainsi le désir de rompre la spirale élitaire de l’Art contemporain.

Il ne s’agit pas ici d’un entre-soi estudiantin : conscients de leurs limites à ce stade de leur expérience, ils ont su s’entourer d’un jury de personnalités de l’art contemporain : Anne-Sarah Bénichou (directrice de galerie), Aïda Bruyère (artiste), Colette Barbier (directrice de la fondation Pernod Ricard), Rebecca Larmache-Vadel (directrice de la fondation Lafayette anticipations). Olivier Kaeppelin (commissaire d’exposition), Thibaut Wichowanok (rédacteur en chef de Numéro Art,). On saluera donc la maturité du collectif organisationnel, appréciable également dans la mise en place, la grande qualité du catalogue, et le thème choisi pour l’exposition.

« Il faut dire les mots, tant qu’il y en a, il faut les dire, jusqu’à ce qu’ils me trouvent, jusqu’à ce qu’ils me disent…*» : la note d’intention citant l’Innommable de Samuel Beckett, pose pertinemment une question de notre temps. Les êtres ou les luttes, peuvent-elles exister dans le silence ?

 C’est ce qu’explore très directement Gaëtan Soerensen dont l’œuvre « WAQF » colle au politique par un relai direct de la parole peu audible des palestiniens de Naplouse, ou bien Lévana Schütz avec « Face à Face, les voix bâillonnées » où les masques aggravent le silence par perte du langage facial… mais sont aussi un anonymat « autorisant » l’action politique radicale : dans le silence des mots, on peut donc s’exprimer…. De même pour Valentin Ranger et son « Théâtre du Silence », plongée vidéo-onirique dans l’organicité d’un langage sans parole.

D’ailleurs, à quoi bon les mots ? semble suggérer Nathan Ghali avec « Peut-on se comprendre en parlant » : quelques plans fixes un lendemain de fête ; deux femmes et un homme échangent de faux dialogues composés à partir d’extraits de messages téléphoniques plutôt creux : les mots cantonnent dans des cases, les mots mentent à soi-même et aux autres, les corps non.

Le regroupement d’œuvres de Léa De Cacqueray explore la lenteur exaspérante et la répétition en boucle :  exosquelette ou machines à LED, le vivant semble plaqué sur du mécanique : dernier support du vivant après la fin du monde ? dernières traces du langage avant silence définitif ?

C’est également dans une ambiance de fin du monde où nous plonge Alexandre Zhu avec son subtil « Encounters at the end of time », richement soutenu par sa curatrice. Qu’est-ce qu’un panneau publicitaire lumineux éteint et vide dessiné au fusain ? Rien, tout au plus le silence temporaire d’un affichage, salutaire presque, une pause dans la surcharge d’images qui nous encercle. Cependant la multiplicité des panneaux et la magnifique dextérité du fusain d’Alexandre Zhu donnent à l’ensemble l’étendue d’un phénomène et l’épaisseur du temps par la poussière accumulée … Ici même l’air vicié de la pub nous manquerait presque à l’heure de la fin du monde.

Les mots en prennent globalement pour leur grade… mais heureusement les jeunes curateurs-trices continuent à poser des mots sur l’art, et font vivre l’art par les mots. Bravo, il faut continuer.

Rendez-vous le 23 juin pour l’annonce du binôme Lauréat du prix Dauphine… et du prix du Public !

 

IXe  Prix Dauphine pour l’Art Contemporain Edition 2022

Lieu : Le Sample,18 Av. de la République, 93170 Bagnolet

Du 9 au 26 Juin : Jeudis 17-22h, vendredis 17-20h, Samedis 12-20h, Dimanches 12-19h.

 

Artistes/Curateur.trice.s :

Léa de Cacqueray/ Romy Hammond

Nathan Ghali/ Cha Toublanc

Valentin Ranger/ Sergi Alvarez-Riosalido

Lévana Schütz/ Fautine Pallez-Beauchamp

Gaëtan Soerensen/ Adèle Delefosse

Alexandre Zhu/ Élora Weill-Engerer

 

Equipe organisatrice du prix Dauphine 2022

Coordination Générale : Mathilde Dalmas, Paul Neltner

Communication : Maria Gula, Orphée Silard, Valère Zysman-Singer.

Mécénat : Tallulah Lefevre-Bodiansky, Arsène L’Herminier, Léonie Vandooren-Prevost

Production : Elise Gérardin, Chloé Le Roquais, Noa Longhurst-Deshaulle, Ludivine Mouysset, Anna Senéterre.

Relation Presse : Anne Ridao

Graphiste : Victoria Gour

 

 

Equipe organisatrice du prix Dauphine 2022

Coordination Générale : Mathilde Dalmas, Paul Neltner

Communication : Maria Gula, Orphée Silard, Valère Zysman-Singer.

Mécénat : Tallulah Lefevre-Bodiansky, Arsène L’Herminier, Léonie Vandooren-Prevost

Production : Elise Gérardin, Chloé Le Roquais, Noa Longhurst-Deshaulle, Ludivine Mouysset, Anna Senéterre.

Relation Presse : Anne Ridao

Graphiste : Victoria Gour

 

 

*« Il faut continuer, je ne peux pas continuer, il faut continuer, je vais donc continuer, Il faut dire les mots, tant qu’il y en a, il faut les dire, jusqu’à ce qu’ils me trouvent, jusqu’à ce qu’ils me disent, étrange peine, étrange faute, il faut continuer, c’est peut-être déjà fait, ils m’ont peut-être déjà dit, ils m’ont peut-être porté jusqu’au seuil de mon histoire, devant la porte qui s’ouvre sur mon histoire, ça m’étonnerait, si elle s’ouvre, ça va être moi, ça va être le silence, là où je suis, je ne sais pas, je ne le saurai jamais, dans le silence on ne sait pas, il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais continuer »

L’Innommable. Samuel Beckett.

visuel (c) affiche

 

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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