Danse
Nicht Schlafen : l’apocalypse démente d’Alain Platel ouvre la MC93

Nicht Schlafen : l’apocalypse démente d’Alain Platel ouvre la MC93

24 mai 2017 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Déjà présenté à Berlin, Nicht Schlafen d’Alain Platel arrive en Île de France à l’occasion de la réouverture, après trois ans de fermeture, dont deux de travaux, de la MC93, désormais lumineuse. Un spectacle 100 % Platel qui semble offrir une devise à ce théâtre : rigueur et surprise. 

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Allier la technique, la beauté, la rigueur, l’humour, l’énergie, cela n’est pas si fréquent. Pourtant c’est ce qui caractérise avec régularité le génie d’Alain Platel. Peu de gens peuvent lui arriver à la cheville. Seule  Anne Teresa De Keersmaeker peut-être. Eux-deux ne font jamais ni dans le gratuit ni dans la séduction. Ils ne cherchent qu’à répondre à des questions.

Alors, où en sont les relations humaines ? Ressemblent-elle à ce charnier de chevaux, signé par Berlinde De Bruyckere, posé au centre du plateau?  À en croire les déchirements du début de Nicht Schlafen, oui. Et, par malheur, si on oublie que le chorégraphe est celui à qui l’on doit Gardenia ou Tauberbachon prend peur face à une proposition qui vient au commencement singer le pire de Preljocaj, Cherkaoui  (d’ailleurs danseur chez Platel avant de devenir chorégraphe) ou Khan.

Figurative, cette première scène n’est là que pour nous perdre. Nous voilà invités dans des temps bibliques où la création du monde a laissé place à l’apocalypse. Tout n’est que torsion, contorsion, pas glissés, sauts et portés contre-nature. Platel invite les peuples comme il le faisait avec Coup Fatal et insiste sur les incompréhensions du langage, appuyant l’idée, que nous aimons tant défendre, que le corps est plus puissant sur scène que les mots.

Tout le reste est dément. Bérenger Bodin, Boule Mpanya, Dario Rigaglia, David Le Borgne, Elie Tass, Ido Batash, Romain Guion, Russell Tshiebua et Samir M’Kirech, chacun, comme toujours chez Platel, défendent leur identité chorégraphique. Elle peut être hip-hop, elle peut être circassienne. Elle est toujours au maximum des limites physiques des artistes.

Platel trouble en jouant de ressorts très classiques mais tellement bien exécutés (fausses fins, danseurs dans le public…). Il y a bien sûr du Jan Fabre dans cette proposition foutraque au moment où il dirige le ballet. Retirés et entrechats, pas jetés si cela est nécessaire, histoire de montrer que oui, ces fous-là savent danser classique si besoin est.

L’humour et la théâtralité, chez ce fan de Pina Bausch (Out Of Context. For Pina), sont à la fête, rythmés par la tragédie de Gustav Mahler.

Chef d’orchestre dont les seuls instruments sont le souffle et le corps, Alain Platel signe un grand spectacle, populaire, sans perdre en exigence.

Bravo, et belle ouverture à toi chère MC93. Trois ans, c’était long.

Du 23 mai 2017 au 27 mai 2017 à 20h, le samedi à 18h, à la MC93, 9 boulevard Lénine
93000 Bobigny

Visuel:©Chris van der Burgh

Infos pratiques

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