Théâtre

Le cabaret Gardenia tire sa révérence

21 novembre 2010 | PAR Alienor de Foucaud

 

Jusqu’au 27 novembre, le Théâtre National de Chaillot présente la dernière création d’Alain Platel et Frank Van Laecke, Gardenia. Entre théâtre, danse et chanson, ce duo de choc fait exploser les genres par un étonnant coup de baguette magique. Paillettes et froufrous illuminent la scène tandis qu’un ultime tour de piste se transforme en une parade mythique.

En partant d’un documentaire espagnol Yo soy asi, qui conte les derniers jours d’un cabaret de travestis, Vanessa Van Durme décida de réunir les deux metteurs en scène. L’occasion pour Alain Platel et Frank Van Laecke d’entrer dans un univers beaucoup plus vaste que ceux du théâtre et de la danse : la vie elle-même, ses désirs, ses illusions et surtout sa lutte incessante contre le temps. Au-delà des lumières clinquantes, ce sont des tragédies incroyables qui sont contées. « Est-ce que je suis beau ? », « Ma vie est-elle belle ? », sont autant de questions qui assaillent l’esprit de Timur, ce magnifique danseur russe, cet homme en détresse qui introduit une tension palpable tout au long de la pièce, mais qui permet aussi une ouverture sur le monde du dehors.

Marlene Dietrich, Tina Turner, Josephine Baker, Liza Minelli, Doris Day, elles sont toutes réunies pour nous offrir leurs dernières danses. Sur une musique signée Steven Prengels, les grands classiques se mêlent aux variétés françaises les plus populaires ; Charles Aznavour côtoie Maurice Ravel et Schubert sympathise avec Claude François. Un mélange détonnant, en totale symbiose avec l’ensemble de la pièce, entièrement montée sur des jeux de troubles. Le symbole du masque, omniprésent, dévoile des hommes associant à leurs travestissements des mémoires de vies. En vérité, cette troupe ne joue pas, elle se met à nue et se révèle. Aucun faux-semblant, aucune tentative d’interpréter un personnage qu’ils ne sont pas, ces hommes sont eux-mêmes par le travestissement. En vérité, leurs masques tombent sur scène, avec humilité et simplicité, dans une volute de cigarette et sur un air de paloma.

Ces êtres en dérive ont peur de vieillir. Pourtant, l’espoir est toujours là, caché dans une boîte de maquillage, sous une perruque blonde, ou encore derrière un rideau de velours. Dans Fin de partie, les personnages de Beckett se demandent s’ils ne sont pas « en train de signifier quelque chose », eux-aussi en quête d’eux-mêmes. En osant monter sur scène à plus de 60 ans, ces travestis, transsexuels et homosexuels signifient bien quelque chose : en dévoilant leurs corps, ils disent qui ils sont, ce qu’ils sont.

Alain Platel et Franck Van Laecke mêlent à la mélancolie, la provocation et l’humour. Ces deux metteurs en scène offrent un spectacle juste et tout en finesse, un dernier bouquet de fleurs comme on en reçoit peu. Si le rideau du cabaret Gardenia est tombé, l’avenir de ces artistes s’annonce prometteur.

Gardenia, Alain Platel et Frank Van Laecke

Théâtre National de Chaillot, jusqu’au 27 novembre,

1, place du Trocadéro, 74016 Paris, Métro Trocadéro (lignes 6 et 9)

Plus d’informations sur www.theatre-chaillot.fr et au 01 53 65 30 00

 

 

 

 

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