Danse
Les 25 ans du Béjart Ballet Lausanne au Palais des Congrès

Les 25 ans du Béjart Ballet Lausanne au Palais des Congrès

10 avril 2012 | PAR La Rédaction

La troupe créée en 1987 par Maurice Béjart célèbre cette année ses 25 printemps, l’occasion pour elle de faire une tournée qui s’est notamment arrêtée cinq jours au Palais des Congrès. Rarement cette scène aura été à ce point possédée, prise d’assaut par une énergie folle dévorant l’espace entier.

En 1960 Maurice Béjart, chorégraphe essentiel du XXème siècle et que l’on ne présente plus, crée le Ballet du XXe siècle à Bruxelles ; puis en 1987 il déplace sa compagnie et fonde à Lausanne sa dernière troupe qu’il gérera jusqu’à sa mort en 2007. Dans le cadre de sa tournée des 25 ans, le Béjart Ballet Lausanne présente trois différents ballets : Dionysos (suite), le Boléro (chorégraphies du maître) et Aria, première création de Gil Roman, qui a repris la direction artistique de la compagnie en 2007.

Dionysos (suite) relate le mythe éponyme. A travers différents tableaux on est pris par l’énergie époustouflante des danseurs. Il est impressionnant de voir à quel point M. Béjart a su tirer parti de toutes les possibilités du corps pour exprimer au mieux la célébration, la fête dionysiaque. Chaque corps prend possession de son espace, sur fond de musique traditionnelle grecque. L’exploit est atteint avec le dernier tableau, véritable bacchanale, où des hommes clappent des mains, se défient entre eux, font preuve de leur force, se congratulent ; le tout dans une ambiance survoltée, irrésistible. C’est fabuleux, magique, on est subjugués du début à la fin.

Puis vient Aria qui commence par le premier thème (aria) des variations Goldberg de Jean Sebastien Bach, monument de la musique baroque. Il reprend cette fois le mythe du Minotaure et l’assimile à la condition d’artiste, à travers ses errements ses troubles, son labyrinthe interne. Le baroque de Bach laisse rapidement place à une musique beaucoup plus contemporaine, expérimentale parfois. Ici les corps et la musique fusionnent et ne font plus qu’un ; les corps reproduisent les sonorités. Cette création rompt d’une certaine manière avec le classicisme Béjartien, et s’aventure vers des mouvements beaucoup plus abstraits, une danse beaucoup plus “libre”. Cette rupture pourra laisser pantois ceux pour qui l’importance du classique chez Maurice Béjart est primordiale.

Enfin, Le Boléro, une des oeuvres les plus connues du chorégraphe et oeuvre musicale la plus jouée au monde, clôt le spectacle. Maurice Ravel et Maurice Béjart allient leur art pour une oeuvre hypnotique qui tient en haleine du début à la fin. Sur une table ronde, rouge et sur-élevée, tantôt un danseur, tantôt une danseuse (cette fois en l’occurrence ce fut une danseuse), nous offre une parade de la séduction avec autour une multitude de danseurs, immobiles, qui contemplent avidement la parade. Au départ tout en retenue, la chorégraphie de Béjart reproduit l’imperturbable caisse claire qui donne l’essence et le rythme du Boléro ; tandis que les danseurs se rapprochent peu à peu et deviennent de véritables adorateurs de l’idole qui ne cesse de se mouvoir inlassablement. La tension se fait de plus en plus vive et explose à la fin, avec une force indicible. Quinze minutes impressionnantes, de pur bonheur.

Le Maître n’est plus, il nous a quitté le 22 novembre 2007, mais nul doute que son talent demeure immortel, et est perpétué par sa compagnie. Gil Roman laisse présager que le meilleur pour cette troupe qui a encore tout à nous offrir.

 

Kylhian Hildebert

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