Danse
Béjart fête Maurice, l’hommage au Maître

Béjart fête Maurice, l’hommage au Maître

01 mars 2020 | PAR Geraldine Elbaz

Créé en 1987, le Béjart Ballet Lausanne (BBL) célébrait sur la scène du Palais des Congrès à Paris du 26 au 29 février 2020 le sens de la fête et l’amour de la danse du Maître Maurice Béjart….

5 dates exceptionnelles ont eu lieu dans la Capitale avant d’entamer une tournée en France et au Japon. Le chorégraphe Gil Roman, qui a repris en 2007 la direction du BBL, propose un formidable triptyque porté par un ballet d’envergure : t’M et variations en guise d’ouverture, Béjart fête Maurice illustré notamment par Beethoven et Strauss et enfin le Boléro de Ravel, apothéose sublime!

 

Il n’y a qu’un seul public, disait Maurice Béjart, celui qui vient pour aimer.

Béjart fête Maurice n’est pas un spectacle dont vous sortez indemne. Au-delà de la beauté du geste, de l’élégance du mouvement, de la poésie dansée, c’est bien d’émotions dont il s’agit avant tout, où chaque arabesque, chaque cambrure majestueuse et chaque porté mis en relief par une composition musicale puissante sont offerts au public comme une déclaration d’amour.

Comment ne pas être happé par l’énergie du ballet, par l’expression virtuose des corps qui se révèlent dans l’action, comme un moment suspendu entre le rêve et la réalité qui se confondent et nous plongent dans une esthétique onirique moderne?

Sur scène deux percussionnistes Thierry Hochstätter et jB Meier créent une ambiance musicale originale, très particulière dont les pulsations et la rythmique intriguent et fascinent à la fois. Des bruits de craies sur un tableau décrivent les mouvements des danseurs en symbiose, au gré des ondulations et trajectoires corporelles tantôt sensuelles, malicieuses et même parfois burlesques.

Une ballerine, gantée de ses chaussons de danse, entre pirouettes et entrechats, interpelle le musicien étonné qui arrête subitement l’illustration sonore pour interagir avec elle. Dialogue improbable et disruptif ? Quand l’image et le son se répondent…

Quintettes, trios puis duos et solos se suivent et virevoltent. Comme par un effet de dominos, les danseurs semblent reliés les uns aux autres, oscillent entre mouvements au ralenti, en suspension ou en accéléré. La compo

sition d’ensemble éclot magnifiquement dans une esthétique géométrique édifiante.

Le plateau baigné d’une lumière bleu roi accueille un danseur qui s’échauffe à la barre. Les tableaux se suivent et arrive le moment de grâce, l’acmé sensuelle, comme un feu d’artifice orchestré en crescendo, tout en puissance, retenue et justesse. Béjart fête Ravel, 40 danseurs torses nus et pantalons noirs inondent la scène armés de chaises rouges, défilent, l’encadrent et s’installent. Au milieu du plateau, une imposante table ronde, d’un rouge intense sur laquelle Elisabet Ros (en alternance avec Julien Favreau) incarne la mélodie, lumières d’abord focalisées sur ses avant-bras dont les mouvements gracieux nous invitent à la suivre.

La mise en scène est grandiose, le rendu fantastique. La partition de Ravel, obsédante et hypnotique, nous envoûte. Les danseurs autour, symbolisant le rythme, sont irrémédiablement attirés vers la soliste hiératique pour un final remarquable.

On jubile, on exulte, on s’extasie. La magie opère et pour longtemps.

Crédit photos : Affiche du spectacle et Béjart fête Maurice (c) BBL – Gregory Batardon, Francette Levieux, Ilia Chkolnik, LaureN Pasche

Béjart fête Maurice

Béjart Ballet Lausanne

Au Palais des Congrès du 26 au 29 février 2020, à Biarritz et Mérignac en mars 2020 puis en tournée au Japon

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Geraldine Elbaz
Passionnée de théâtre, de musique et de littérature, cinéphile aussi, Géraldine Elbaz est curieuse, enthousiaste et parfois… critique.

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