Danse
« Le Cantique des cantiques », Abou Lagraa à la Maison de la Danse : Faites-vous l’amour !

« Le Cantique des cantiques », Abou Lagraa à la Maison de la Danse : Faites-vous l’amour !

17 septembre 2015 | PAR La Rédaction

La Maison de la danse ouvre la saison 2015-2016 avec la création d’un de ses artistes associés, Abou Lagraa. Connu pour son goût du métissage du geste, nourri de danse contemporaine, de classique et de hip-hop, le chorégraphe se donne un nouveau défi : s’allier à un metteur en scène aussi contemporain que controversé, Mikaël Serre, pour proposer un spectacle autour du Cantique des cantiques. Ce texte aux milles lectures se trouve subtilement dit par le travail combiné des deux artistes.

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Ce qu’il y a de porteur en effet, c’est d’abord le projet. Mettre en danse un texte, faire le pari de la signification du geste, c’est toujours laisser ce texte mettre en péril les certitudes, prendre le risque que le texte se superposant à une vision du corps, prenne une place forte, trop forte peut-être. Le risque se fait plus grand encore lorsqu’il s’agit du Cantique des cantiques. Tout dans ce texte fascinant sonne ambivalent ; aussi sacré que blasphématoire, il se trouve aussi tiraillé par la belle traduction d’Olivier Cadiot et de Michel Berder, choisie par le chorégraphe et le metteur en scène. Le cantique est pris entre un passé fondateur rêvé et ce temps fragmenté, dissolu, désenchanté de nos sociétés contemporaines.

La polysémie dense n’effraie pas les deux artistes, qui ouvrent le texte à de nouvelles perspectives sans le dénaturer : homosexualité, place de la femme, viol, idéalisation du corps, jouissance frénétique, sur-consommation de l’autre… Le spectacle s’abyme au contact du texte et creuse toujours plus les mots, sans que jamais l’intensité des corps ne s’apaise. Corps sans amour, passions sans vraie rencontre, les duos se croisent et se répondent. Les gestes gardent leur force et dessinent l’intime et le commun, le calme et la violence, l’amour et la haine. À corps perdus, les danseurs disent toute la beauté de ce texte éminemment charnel. Formant bloc avec les autres, exécutant les mêmes gestes, répétés et repris en miroir, chacun parvient à conserver son propre rapport au mouvement. Le geste se décale de quelques millimètres, les bras s’ouvrent un peu plus ici, se ferment plus vite là, et au sein d’une quête collective de l’amour, des milliers de petites irrégularités apparaissent, des individus se rencontrent et inventent leurs propres langages, leurs propres mots d’amour.

Les mots dansés se mêlent aux mots dits, murmurés, criés, repris par les échos. Les deux comédiennes trouvent une place juste parmi les danseurs et les gestes viennent emporter les mots pour donner au dire une force nouvelle, pour ouvrir les sens du texte et multiplier l’amour, sacré, charnel, mystique, partagé ou pris. Au langage des corps, à la puissance de la bande sonore et à la langue, vient s’ajouter le langage des images. Là où le texte résonnait, mystérieux, sur les corps diffus entre les tissus bruns et le sol sombre ; le travail vidéo ne suit pas toujours la belle subtilité du spectacle. Les lumières sont déjà si soignées et si bien tissées au grand rideau de fils qui délimite le lointain, qu’elles n’appelaient pas forcément ces images de vierges ou de priants. On goûte par contre un certain plaisir à entendre, le texte, à le voir dansé par ces trois couples, puis à le lire sur le fond de scène. L’amour pris dans ce kaléidoscope complexe ne nous livre toujours pas les clefs de la porte du jardin.

Maison de la Danse
8 avenue Jean Mermoz
69008 Lyon
Location Tél. 04 72 78 18 00
Renseignements et administrations – Tél. 04 72 78 18 18
Fax 04 78 75 55 66 – http://www.maisondeladanse.com/

Dates de tournée :

2015
– 15, 16, 17, 18 septembre / Maison de la Danse de Lyon
– 16 octobre : Théâtre de Suresnes
– 24 et 25 novembre : Bonlieu Scène Nationale Annecy
2016
– 8 et 9 janvier : Grand Théâtre de Provence, Aix en Provence
– 26 et 27 janvier : Espace des Arts, Chalon-sur-Saône
– 2 février : Théâtres en Dracénie, Draguignan
– 4 février : Théâtre Liberté, Toulon
– 7 Février : Théâtre Jean Vilar, Vitry S/Seine
– 29 mars : Théâtre des Cordeliers – Annonay – Agglo en scène
– 31 Mars : Théâtre de Privas
– 14, 15, 16 avril : Movimentos Festwochen der Autostadt in Wolfsburg 2016, Allemagne
– 20, 21, 22 mai : Les Gémeaux, Scène Nationale de Sceaux

Visuel : ©Dan Aucante

Lucie Skouratko

Infos pratiques

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