Théâtre
[Avignon] Lear is in town, la folie de Ludovic Lagarde s’empare de la carrière Boulbon

[Avignon] Lear is in town, la folie de Ludovic Lagarde s’empare de la carrière Boulbon

22 juillet 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

La bande de Reims est de nouveau à Avignon et ce n’est pas pour nous déplaire. Ludovic Lagarde à la mise en scène, Frédéric Boyer et Olivier Cadiot à la traduction et à l’adaptation,  et sur scène un trio de ouf : Clotilde Hesme, Johan Leysen et Laurent Poitrenaux.

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Lear is in town, dans le texte, cela intervient acte IV scène 3. Il ne s’agit pas ici de voir un Roi Lear classique mais seulement, et brillamment, d’entrer dans le cœur de la folie.

Par courtoisie, une voix off, symbolisée par un cube tout droit sorti d’un épisode de Mission Impossible fait un rappel des faits : « Je partage mon royaume » dit le roi pas encore fou. Cordelia, sa fille, refuse de lui déclarer publiquement son amour. Cela est pris pour un crime de lèse majesté, elle passe pour une rebelle. Il décide de la bannir. Sur le haut de la carrière Boulbon, en lettres hollywoodiennes est écrit « Bannishment is here ». Et l’exil rend fou. C’est un Lear confronté à ses démons, prenant le visage de revenant, d’un neveu, d’une Cordelia transfigurée que nous rencontrons.

Tout ici repose sur le jeu des trois comédiens, tous trois bêtes de scène. Clothilde Hesme passe de jeune fille en fleur à homme démoniaque en un geste troublant, Poitrenaux semble plus fou encore que son oncle, balançant petits sermons et petits conseils décalés.  Nous avons sur le plateau trois comédiens qui marquent par un fort engagement du corps dans un jeu qui se joue à un fil, un geste.

Plus le spectacle avance, plus le trouble s’installe vers cette forme étonnante qui par le principe scénographique du port de casques anti-bruit nous fait entrer dans l’inconscient des personnages. Ces casques symbolisent autant les couronnes que des hallucinations auditives. L’histoire se répète, les mots sont rabâchés, le crime du père devient hantise.

Lagarde ose un spectacle ardu qui saisit par la radicalité de sa dramaturgie. Cette plongée dans le corps des fous, en prise avec les éléments, et particulièrement ici le sable de la carrière, opère particulièrement, devient fascinante.

Pourquoi ce roi a t-il abandonné son royaume ? Pourquoi veut-il le découper en trois, pour ses trois filles ? Rien n’est clair et c’est à en perdre la raison. Les questions restent ouvertes, symbole d’une gouvernance en déroute.

Lear is in town n’est pas une pièce accessible, il faut l’avouer, elle est pour nous une magnifique et radicale interprétation du texte de Shakespeare. Lagarde respecte à merveille l’idée de « Non Sense » que le maître anglais à voulu imposer. Magie, apparition, tout est ici possible à condition de se laisser porter. 

Visuel : Lear is in town – Ludovic Lagarde – © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

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