Danse
Le best of du Ballet de Marseille au Théâtre de la Ville

Le best of du Ballet de Marseille au Théâtre de la Ville

25 mai 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Jusqu’au 4 juin, le théâtre de la Ville propose Roommates, un programme fait d’extraits de spectacles écrits par Lucinda Childs, Peeping Tom, Claude Brumachon, Cecilia Bengolea & François Chaignaud et (LA)HORDE. C’est l’occasion de voir, à l’aide d’une playlist chorégraphique, les fortes capacités des danseurs du Ballet de Marseille, dirigé donc par (LA)HORDE.


Depuis septembre 2019, (LA)HORDE, qui réunit depuis 2013 les artistes Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harel, est à la tête du Ballet de Marseille. Un ballet évidemment classique mais qui lorgne souvent du côté des écritures, très plurielles, des danses contemporaines.

Les six extraits choisis pour cette riche soirée le montre bien. Pour le meilleur parfois, pour le pire d’autres fois. Il est vrai que nous restons légèrement interloqués par le manque de cohérence de ce programme qui navigue entre la performance de Chaignaud et Bengolea, les lignes de Lucinda Childs et les créations si figuratives qu’elles en deviennent circassiennes de Peeping Tom et Claude Brumachon.


Au delà des goûts et des couleurs, il est difficile de tirer un fil entre ces six extraits de spectacles. Le seul est donc le ballet composé de Sarah Abicht, Daniel Alwell, Nina-Laura Auerbach, Isaïa Badaoui, Jonatan Jorgensen, Nonoka Kato, Aya Sato, Dovydas Strimaitis, Elena Valls Garcia, Nahimana Vandenbussche et Antoine Vander Linden.


Le tour de force est donc de passer d’un style à l’autre en un changement de costume. Nous les découvrons et les adorons dans la folie de Grime Ballet où l’on croise les tours sur pointes, bras baissés de Dub Love (2013). L’écriture de Chaignaud et Bengolea est radicale, elle décale le poids des corps et ses alignements, elle impose aux interprètes de chercher du côté du disgracieux sur un tempo aride, celui de la musique grime. Il en va de même pour les jeux de croisements de lignes chères à Lucinda Childs qui en 1993 s’empare de la musique de Henryk Górecki. Pas de révolution ici, l’écriture est la même que celle de Dance en 1979. La phrase chorégraphique est raide, limpide. La beauté et la difficulté viennent des obsessions pour les croisements et les déphasages qui inspirent tant Anne Teresa de Keersmaeker. Lignes et énergies, ces deux points clés se retrouvent merveilleusement dans l’extrait bien choisi de Room with a view de (LA) HORDE. Nous retrouvons ici le meilleur de ce collectif : une danse de pulsations, neuve, urbaine et pop. Enragée et engagée.

Du côté figuratif, nous trouvons Weather is sweet de (LA HORDE),  Oiwa de Peeping Tom et Les indomptés de Claude Brumachon. Les danseurs et les danseuses  ont l’occasion de montrer des capacités plus proches du récit que de l’interprétation. Les portés sont spectaculaires, les corps sont malmenés comme des sacs de chiffons, cela ne peut qu’impressionner. C’est pour les spectateurs et les spectatrices l’occasion de voir le ballet se prêter au jeu du divertissement, quelque soit le prix à payer pour leurs lombaires d’ailleurs ! Si techniquement, les artistes sont le plus souvent parfaits, ces trois extraits ne brillent pas par leur modernité quand les trois autres amènent eux des réflexions et des dialogues sur les différents chemins que la danse contemporaine prend. Un programme d’autant plus riche qu’il n’est pas monochrome !  A voir en ce moment à l’Espace Cardin.


Visuel : ©Aude Arago

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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