Danse

Les filiations de Raphaël Cottin et la lenteur de Myriam Gourfink remplissent June Events

Les filiations de Raphaël Cottin et la lenteur de Myriam Gourfink remplissent June Events

15 juin 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

June Events continue sa route avec ses soirées composées de programmes aux fils toujours très tendus. Hier, l’histoire de la danse a croisé l’immobilité vivante.

Le festival organisé par l’Atelier de Paris-CDCN avait choisi hier de confronter Raphaël Cottin et Myriam Gourfink pour deux pièces qu’en apparence tout oppose. Tout commence avec Parallèle, la dernière création de Cottin. Il s’agit d’un pas de deux intergénérationnel où il partage le plateau avec Jean Guizerix. En 1986, ce danseur étoile de l’Opéra de Paris publie un livre qui justement se nomme Parallèle.

Raphaël Cottin adore raconter des histoires, comme il l’a fait avec son jeune public C’est une légende, présenté lors du dernier Avignon. Tout n’est ici de A comme Amour à Z comme Zéro, qu’une douce leçon de partage. En 2005, Jean a transmis un solo a Raphaël; Oiseau Triste, créé en 1972 au Théâtre des Champs Elysées.

Alors, les voici tous les deux, 39 ans pour l’un, 73 ans pour l’autre, dans l’intimité d’un studio de danse à la lumière tardive. En l’occurrence, le studio circulaire de Wilfride Piollet.

Danser ensemble qu’est-ce que cela veut dire ? Apprivoiser l’espace et le temps sûrement, selon le dogme juste de Merce Cunningham.

Alors, arabesques, sauts de chats, en dedans, en dehors.. La tessiture est, si on ose le mot, « classique ». Le dialogue se fait par la voix et le corps entre les deux qui s’amusent tellement de la situation. Qui apprend à qui ? On ne sait pas en fait. Il y a cette émotion de voir le corps empêché par l’age, qui n’a pourtant rien perdu de son intensité.

Tout est symbole ici, et la musique nous fait voyager dans le temps. L’adagio du Concerto en Sol de Ravel a été la bande son, pour Jean, de En Sol de Jerome Robbins, dansé à Garnier. Ils sont chacun l’héritier de l’autre et parlent la même langue, celle des barres parallèles flexibles qui sont par définition, absentes. Dans cette méthode, l’appui ne se fait pas sur une barre mais sur l’imaginaire, dans un corps pris dans sa globalité. La nostalgie résonne fort entre deux exercices visant à améliorer la souplesse et la dextérité des poignets à l’aide de petites balles. On écoute Satie, et on se laisse porter.

Si Cottin raconte, Gourfink elle se tait, beaucoup. Evaporé se place dans lui aussi dans la filiation mais cette fois personnelle de la chorégraphe. Depuis Bestiole où l’on a croisé la route de la chorégraphe de la lenteur sans jamais plus la quitter, toutes les pièces allient la musique electro-acoustique et arythmique de Kasper T. Toeplitz et des interprètes.

Ici, quelque chose change. En guise de préambule à la pièce on assiste à un concert du percussionniste Didier Casamitjana, qui travaille avec Kasper T. Toeplitz depuis 1988. Nous sommes dans le hall du théâtre de l’Aquarium, et au centre un jeu de gongs est installé. Différentes tailles pour différents sons. Lui est au centre et provoque un vrombissement tout à fait cosmique. Si on ferme les yeux, la musique entre immédiatement, elle n’est que sensation et le trouble de la perception est immédiat.

C’est donc dans un état méditatif que nous entrons en salle où nous trouvons une disposition classique pour Gourfink. Ses danseuses sont en médiation, concentrées entre les projecteurs posés au sol qui crééent comme un îlot refuge. Kasper T. Toeplitz est en place, cette fois muni d’une basse électrique et Didier Casamitjana est cette fois-ci assis devant des disques en pierre.

Le mouvement n’en est pas un, chez Gourfink, tout part du yoga où par définition, tout n’est que transformation. Il faudra plus d’une heure à Amandine Bajou, Carole Garriga, Deborah Lary, Azusa Takeuchi et Véronique Weil pour traverser le plateau et retrouver la verticalité et la marche. Elles se confrontent à la pression de l’air que la musique renforce. Un grand écran nous montre des couleurs qui deviendront de l’eau et les filles, toutes en gris, deviennent un seul corps échoué comme une plante aquatique qui flotte.

Le corps est poussé à l’extrême dans ses torsions et ses ouvertures. Elles tremblent peu. Tout n’est que concentration maîtrisée, et c’est là que la transformation apparaît. On est alors suspendus à l’idée qu’un coude se déploie ou qu’un dos se courbe. La tension n’est pas agressive ici, elle remplie. Comme à chaque fois, on sort de là stone et surtout rempli d’énergie, comme après une séance de méditation.

Alors, évidement, les pièces de Gourfink demandent une écoute radicale et n’autorisent aucun voyage. Il faut être dans soi pour entrer dans son geste. Si on s’autorise faire corps avec la proposition, alors Évaporé n’a rien de volatile.

Visuels :

Evaporé © Laurent Pailler – Photosdedanse.com
Parallèles © Frédéric Iovino.

Tout le programme de June Events est ici

“Boris Godounov” à l’Opéra Bastille : la solitude du pouvoir revisitée par Ivo Van Hove
Trouble in Tahiti : Mélancolie glamour du mariage par Leonard Bernstein et Les Apaches à l’Athénée
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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