Opéra

Trouble in Tahiti : Mélancolie glamour du mariage par Leonard Bernstein et Les Apaches à l’Athénée

Trouble in Tahiti : Mélancolie glamour du mariage par Leonard Bernstein et Les Apaches à l’Athénée

15 juin 2018 | PAR Yaël Hirsch

En ce centenaire Leonard Bernstein, l’Athénée invite Julien Masmondet et ses Apaches à donner à entendre la pièce maîtresse de mélancolique sur le mariage. Trouble In Tahiti (1952) est précédé d’une pièce contemporaine de Pascal Zavaro.
[rating=5]

Sur un livret et une composition de Pascal Zavaro, Manga Café est une mise en bouche adéquate à Bernstein. Si l’histoire d’amour est moderne et mobilise même les clics des textos et le « tout vient vers toi » de notre civilisation Deliveroo, l’ambiance de cirque sur fond noir élégant de Catherine Dune prépare à l’humour mélancolique de Trouble in Tahiti. Avec en prime des envolées de cordes dignes de Philip Glass et des projections arborées assez élégantes.

Dès le jeu de miroirs et l’entrain du refrain inaugural, l’on sait que Trouble in Tahiti sera une splendeur. Nous sommes immédiatement plongés dans une Amérique du Sud ravissante, étouffante et fifties. Les 5 chanteurs font l’apologie de leur banlieue chic en avançant comme des automates. Mais la scène de ménage explose vite sous le porche, avec Dinah (excellente Eléonore Pancrazi) expliquant à Sam (timbre velouté et prestance du baryton Laurent Deleuil) combien il est dur d’être une femme. Une plainte sur fond de fuite un peu menaçante de trompettes jazzy, qui n’est pas vraiment entendue mais appelle une autre plainte en retour. Solos et duos s’enchaînent avec fluidité et le malaise croît derrière les images d’Épinal. Dans « There is a garden », Éléonore Pancrazi nous émeut aux larmes tellement tout y est grâce et mélancolie. Une beauté encore renforcée par l’écho des violoncelles. Et la mezzo-soprano nous bluffe absolument à la fois dans le jeu fougueux et la note première interminable du compte rendu du film… « Trouble in Tahiti »! Toujours parfaitement rythmé par Julien Masmondet et ses Apaches, notamment dans la reprise ironique du chœur automate de l’American dream inaugural, cette pièce courte de Bernstein est un joyau suspendu quelque part entre Scènes de la vie conjugale de Bergman et Tout ce que le Ciel permet de Sirk. Une scène de ménage sublimée par la musique.

Manga Café, Trouble in Tahiti, de Pascal Zavaro, Leonard Bernstein, Les Apaches, dir : Julien Masmondet, mise en scène: Catherine Dune, avec avec Éléonore Pancrazi, Laurent Deleuil, Morgane Heyse, André Gass, Philippe Brocard. Durée du spectacle 2h avec entracte.
visuel : (c) Odile Motelet

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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