Danse

Festival Faits d’hiver : Serge Ricci achève la banquise

27 janvier 2010 | PAR Soline Pillet

Dans le cadre du Festival Faits d’Hiver danses d’auteurs, le chorégraphe Serge Ricci a présenté avec sa compagnie Mi-octobre « Des arbres sur la banquise » au Théâtre Paris-Villette, du 20 au 23 janvier. Ce spectacle avait été créé en mai 2009 pour les Rencontres chorégraphiques Internationales de Seine Saint Denis.

Difficile d’être indulgent. Dans un théâtre sublime – Paris-Villette et ses arcades en fond de scène – s’épanouit une non moins sublime scénographie, arbre du plus pur réalisme des fleurs aux racines, suspendu au-dessus de la scène à l’horizontal, effectuant un mouvement giratoire hypnotisant. Durant une heure trente de spectacle, le tournoiement de l’arbre sera malheureusement la seule action harmonieuse et continue qui captera réellement l’attention.

arbre1C’est comme si un certain archétype de l’idée caricaturale qu’un néophyte pourrait se faire de la danse contemporaine avait encore frappé. Dans « Des arbres sur la banquise », donc, pas beaucoup de danse, surtout pas de musique musicale mais une bande-son de bruitages et autres silences divers, des danseurs qui à un moment donné franchissent le quatrième mur pour venir se coucher quelques secondes sur les genoux des spectateurs et repartir comme si de rien n’était ; et évidemment quelques instantanés de nu de rigueur sans que l’on sache bien pourquoi. A force de déconstruire la danse sous prétexte d’exploration et de recherche, il n’en reste plus rien. Faut-il s’armer du mode d’emploi avant ? Il paraît que le chorégraphe, Serge Ricci, « nous conduit au seuil d’une dimension où il nous faut pénétrer avec d’autres repères, à la rencontre d’un imaginaire qui ‘confère à l’espace la fluidité de l’eau qui ruse avec les obstacles’» explique le programme. La quantité de pistes explorées par le chorégraphe est perceptible, sans que celui-ci ne semble en choisir aucune. Il nous livre ainsi un gigantesque work in progress monotone et obscur dont le moindre début de sens est très difficile à déterminer, même avec beaucoup d’imagination. L’intellectualisme a du bon, mais a-t-il autant sa place sur les plateaux de danse ? La danse doit-elle forcément être « conceptuelle » pour être contemporaine, novatrice ? Est-on en droit de réclamer une remise à l’honneur d’une danse qui ferait appel aux sens autant qu’à la tête ? La spécialiste de la danse Claudine Guerrier écrivait que la danse contemporaine « n’est pas vouée au divertissement ; moyen d’expression, elle réconcilie le corps et le cerveau que l’Eglise et d’autres écoles de pensée percevaient comme antagonistes ». Mais ici, comme cela semble être de plus en plus le cas, le corps est anéanti.

serge1Danseurs et danseuses dont l’on n’aperçoit les corps intéressants ou sublimes que subrepticement lorsqu’ils se dénudent entièrement l’espace de quelques secondes – on n’en demandait pas tant-, sont enfouis sous quantité de vêtements, déguisements grotesques évoquant la technique théâtrale du bouffon. A chaque entrée ou presque, les danseurs arborent une tenue différente. Corps et espace sont littéralement envahis par la fripe, procédé qui aurait pu être intéressant un quart d’heure, mais qui étalé sur une heure et demie a le triple désavantage de saturer l’œil, tenir lieu de remplissage dans une pièce au propos désespérément absent, et donner au tout des allures risibles de défilé de mode amateur. C’est à se demander si les excès de tissu de Serge Ricci ne dissimulent pas une vocation contrariée de styliste ?

Bref, le propos, trop obscur pour le commun des mortels, passe à la trappe, la danse, ignorée, ne peut même pas compenser par la seule joie (naïve ?) du mouvement. Que reste-t-il ? Quelques moments isolés comme l’entrée de ce personnage momifié avec du gros scotch marron grinçant à chaque pas, quelques images qui émanent dont certains duos particulièrement réussis, flottant à la surface d’un objet scénique sans contours ni contenu, plutôt neutre, où même les danseurs ont l’air de s’ennuyer.

Festival Faits d’hiver danses d’auteur, du 12 janvier au 5 février dans divers lieux parisiens – pour plus d’informations sur la programmation cliquez ici

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Soline Pillet
A 18 ans, Soline part étudier la danse contemporaine au Québec puis complétera sa formation par les arts visuels à l’Université de Brighton. Au cours de son apprentissage, elle participe à des projets éclectiques en tant que danseuse. Également passionnée par l’écriture, elle rejoint les bancs de la fac en 2007 afin d’étudier la médiation culturelle à la Sorbonne Nouvelle. C’est par ce biais qu’elle s’ouvre au théâtre, au journalisme, et à toutes les formes d’art. Aujourd’hui, Soline rédige un mémoire sur la réception critique de la danse contemporaine tout en poursuivant sa passion pour la danse et l’écriture. Après avoir fait ses premiers pas de critique d’art pour le site Evene, elle rejoint l’équipe de la Boîte à Sorties en septembre 2009.

2 thoughts on “Festival Faits d’hiver : Serge Ricci achève la banquise”

Commentaire(s)

  • Nathalie

    Bonjour, j’ai malheureusement été moi aussi en quelque sorte la victime de ce spectacle que j’ai trouvé très agressif et incohérent… et je suis plutôt une bonne spectatrice… je vous remercie pour cette critique sans langue de bois !
    cordialement, Nathalie

    janvier 27, 2010 at 15 h 35 min

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