Danse

« Coproud », Olivia Grandville et César Vayssié désacralisent le duo

« Coproud », Olivia Grandville et César Vayssié désacralisent le duo

09 novembre 2016 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Hier soir, c’était un moment de fête. Hillary Clinton devait gagner les élections américaines et Les Inaccoutumés commençaient à la Ménagerie de Verre. Ce festival, expérimental, pointu et joyeux est un appel incessant à la liberté. Pour l’ouverture, Olivia Grandville et César Vayssié se sont amusés à repenser le très classique Pas de deux. C’est drôle, ça a l’air d’une farce, et, c’est en fait, hautement exigeant.

La Ménagerie de verre était, avant de devenir un important studio de danse, un parking. L’année dernière François Chaignaud tentait de susciter le désir de Cyril Bourny, à moto, dans Radio Vinci Park.  Pour Co-Proud, c’est en voiture que César Vayssié et Olivia Grandville font une entrée sur les chapeaux de roue, rap français pourri à fond. Ils sortent, habillés ville et vont pendant 50 minutes se prêter à un jeu fort drôle. L’un sera l’enseignant de l’autre, de façon totalement interchangeable. Celle qui fit partie du corps de ballet de l’Opéra de Paris maîtrise le grand écart quand le réalisateur lui ne sait pas vraiment faire une pirouette avec académisme.

Qu’est-ce-qu’un duo veut dire ? Est-ce forcement le fait de danser ensemble ? Est-ce codifié ? Olivia et César s’amusent de cet élément très récurent du ballet classique pour le traduire dans le populaire. Les références fusent, on pense forcément au clip « Bad » de Mickaël Jackson. Dans ce parking, la lumière scintille parfois, elle vacille aussi, à la façon du sentiment amoureux… Car ici il est souvent question d’engagement, celui qui vous pousse à ne pas laisser tomber l’autre, à lui rabattre le bras sur votre épaule pour se serrer encore plus fort. Celui qui vous montre comment fléchir, et à quel moment lever le bras. Eux deux jouent les compétiteurs de battle où l’un défit sans cesse l’autre. La danse emprunte aux déambulations qu’Olivia Grandville aime tant ( Récemment, au Centre Pompidou, pour son Cabaret Discrepant elle nous faisait aller au gré de nos envies d’un intervenant à un autre). Ici, il n’y a aucune limite, les murs s’ouvrent et la rue devient plateau de danse.

L’une des idées géniales de ce spectacle est de faire venir la musique du poste d’autoradio qui diffuse un son très éclectique. « People are People » de Depeche Mode croise, et c’était hier soir encore un signe d’espoir,  le « Yes we can » d’Obama. Dans ce spectacle qui a l’air d’une impro, tout est écrit dans une relecture primitive de la danse, de la même façon que Jérôme Bel  ou Sciarroni questionnaient chacun dans leur grammaire « le tour ».

Entre danse technique et éclate de club, les deux ne s’interdisent rien. Cela donne une création limpide et drôle, qui ne se prend pas au sérieux. Eh oui, hier soir, on riait encore.

Visuel : ©coproud Caroline Redy

Tout le programme des Inaccoutumés est ici.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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