Danse

Concrete et Moto-Cross : les battements de cœur de Maud Le Pladec

Concrete et Moto-Cross : les battements de cœur de Maud Le Pladec

09 février 2018 | PAR Lili Nyssen

Le 8 février, au Théâtre National d’Orléans, la chorégraphe et directrice du Centre Chorégraphique National d’Orléans Maud Le Pladec jouait deux de ses créations récentes : Concrete (2015) et Moto-cross (2017). 

Quelle chance de découvrir l’improbable et splendide théâtre d’Orléans en ce 8 février, alors que c’est LE jour où il est possible de voir à la suite les deux créations de Maud Le Pladec. Moto-Cross et Concrete, deux pièces d’une heure environ, deux spectacles complets, se jouent au théâtre d’Orléans jusqu’à ce soir. Et Moto-Cross est en tournée.

Concrete (2015)

La pièce est ambitieuse. Cinq danseurs et neuf musiciens se partagent le plateau. La musique atonale, arythmique, et complètement dingue, traverse la pièce de tout son long et déclenche chez les danseurs les mouvements tantôt incisifs, tantôt sensuels. La première partie du spectacle donne souvent l’impression d’une accumulation d’artistes solos (dansés et musicaux) qui auraient été placés là, chacun sur un bout de scène, aveugles les uns aux autres, chacun bloqué dans un délire onirique personnel. Mais l’évolution du spectacle tend vers une convergence. L’oreille prend goût à l’incohérence de la musique, qui finit par s’inscrire comme une évidence. Les danseurs, qui semblaient à peine se voir, se rapprochent jusqu’à se toucher dans un élan quasi charnel. La chorégraphe effectue un travail considérable pour mettre en relation musique, mouvements et lumière. Pour autant, malgré la volonté d’un spectacle complet, le plateau reste désarticulé, et peine à tenir l’attention du spectateur. 

MOTO-CROSS • Teaser from CCNO – Maud Le Pladec on Vimeo.

Moto-Cross (2017)

Plus récente, la pièce est un solo de la chorégraphe. Et là, la plénitude est atteinte. « Oublier tout, oublier tout, tout oublier ». Loin d’oublier, la chorégraphe recense des souvenirs fragmentés, fait resurgir la génération 80, laisse son corps pulser sur un mix de sons qui allient disco, techno et variété, et évoquent la confusion des souvenirs, du présent et du passé. Moto-Cross, c’est une recherche très personnelle enveloppée dans des interrogations philosophiques. Tandis que la chorégraphe se dénude du pantalon de Moto-Cross, du casque de Moto-Cross, des gants de Moto-Cross, ce Moto-Cross qui lui colle à la peau comme un symbole psychanalytique, elle pose des questions. « Comment ? Pourquoi ? ». En quête de son enfance, de sa mère et de son père, de son frère et de son père. De son père… En quête du monde et de l’absurdité : « comment, pourquoi, le philosophe de la raison disséquait des animaux ? »… Jusqu’au coup de gueule monumental où colère, rage et désillusion se mélangent et s’expriment comme l’apogée d’un chemin spirituel. De la nostalgie des années 1980 et des Rave Party, on s’élève aux clameurs du désenchantement des années 2000. « L’utopie a du plomb dans l’aile », déplore la chorégraphe. Au fond du plateau, le DJ fait trembler les basses, et déclenche des mouvements impulsifs hypnotiques, qui ne sont pas sans rappeler les « convergences » que décrit Virginie Despentes dans Vernon Subutex 3, ces soirées à la limite du science-fictionnel, où les cerveaux montent dans les aigus sans avoir besoin de substances. Basses, mouvements… et jeux de lumière en flash qui ajoutent à l’état stone et épileptique dans lequel Maud Le Pladec nous fait glisser, décomposant le réel en une succession d’images photographiques, robotisant son corps ou créant un flou artistique dans la réalité. L’impression de pénétrer une chronophotographie d’Etienne Jules Marey. Bref, l’expérience est vibrante.

Visuel : ©Eric Soyer, ©Konstantin Lipatov

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Lili Nyssen

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