Cinema

18e Journées cinématographiques dionysiennes : 68, Colette Magny et autres rébellions

18e Journées cinématographiques dionysiennes : 68, Colette Magny et autres rébellions

09 février 2018 | PAR Geoffrey Nabavian

Le passionnant festival, qui se déroule comme chaque année au cinéma L’Ecran, à Saint-Denis, met cette fois les rebelles à l’honneur. Jeudi 8 février au soir, c’est Colette Magny qui nous a été présentée, en images et en chansons.

Pour cette 18e édition des Journées cinématographiques dionysiennes, les invités d’honneur se nomment Larry Clark ou F.J. Ossang. La manifestation porte cette année sur les rebelles de tous poils. Vivier de découvertes en perspective : on se remémore avec émotion les précédentes occurrences auxquelles on assista, telle l’édition portant sur les films de femmes en 2015, la thématique Films interdits en 2016, avec sa séance spéciale sur Jean-Denis Bonan entre autres, ou l’édition consacrée au rire en 2017, qui nous avait confrontés au passionnant Maso et Miso vont en bateau.

Depuis dix-huit ans, l’association Périphéries accompagne les Journées cinématographiques dionysiennes. En ce jeudi 8 février, son chargé du patrimoine audiovisuel, Tangui Perron, se trouvait une nouvelle fois au festival, pour une ciné-conférence intitulée « Mai et juin 68 : une rébellion ouvrière ». L’enjeu : donner à voir le ras-le-bol ouvrier en partie à l’origine du mouvement d’il y a cinquante ans, par l’intermédiaire d’images d’époque très rares, permettant de voir ces acteurs anonymes protester individuellement, partout en France. « Un marin qui grommelle sur le port de Lorient, une ouvrière qui crie et craque à la porte de son usine à Saint-Ouen, des jeunes ouvriers qui ripostent à la violence des CRS à Sochaux… » : voilà ce que promettait cette réunion d’images, selon le descriptif des Journées. Hélas, pour des raisons d’horaire, nous n’avons pas pu assister à ce programme, a priori passionnant à voir, cinquante ans après le mouvement de 68. A la suite, une soirée-hommage à Colette Magny a eu lieu, avec nous dans la salle cette fois.

Cette chanteuse morte en 1997, et pas connue de tous, reste aujourd’hui une figure de la protest-song. Ancienne dactylo, capable d’aller faire ses tours de chant en usines occupées, pourvue aux dires de beaucoup d’une voix exceptionnelle, et armée de paroles contestataires simples, elle a traversé plusieurs décennies en s’échinant à rester « politique, et non pas engagée ». Aujourd’hui, « il y a un retour de Colette Magny », a constaté Tangui Perron : « on la retrouve citée chez Bernard Lavilliers, ou même dans les toutes dernières chansons d’Orelsan ». Admirée par Arno, elle est signataire de mélodies reprises de nos jours par Bertrand Belin ou Camélia Jordana.

C’est un film de montage d’une trentaine de minutes, signé par le vidéaste contemporain Yves-Marie Mahé, qui nous donne à découvrir cette femme, ce soir : La Chanson politique de Colette Magny. Composé en partie de ses passages télé, au cours desquels elle détourne souvent les questions des journalistes et esquive les cases où on voudrait la mettre, ou de ses chansons en live – « Répression », « Prends-moi me prends pas », « La bataille » et encore d’autres – il offre un aperçu de sa personnalité et de son envie de politique, avec rythme et intelligence. Difficile à appréhender au début, sa manière d’interpréter impressionne soudain, lorsque, sur un plateau télé, elle se met à dire un texte avec force, tandis qu’en fond sonore les voix d’enfants handicapés, présents sur son dernier disque, s’élèvent… Pas attachée à un parti ou à un groupe politique, elle fut dépositaire d’une popularité que d’aucuns lui reprochèrent, dans les cercles politisés. Des images d’archives, diffusées suite au film de montage, la montrent avec des travailleurs en grève de la faim. Plans très sobres, très marqués par les âges, qui étonnent par leur simplicité, et donnent à montrer le style de cette interprète à l’épreuve du réel le plus cru.

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Mai 68 sera de retour en images lors du festival, le mardi 13 février à 20h45, à travers une carte blanche à la Cinémathèque française. Une table ronde aura aussi lieu samedi 10 février à 18h30, avec Tangui Perron ou Mariana Otero – sur le thème : « Comment filmer les mobilisations sociales sous l’état d’urgence (permanent) ? » – puis suivra une performance de Lech Kowalsi, accompagné par des salariés de GM&S et par le groupe Low Society.

Les Journées cinématographiques dionysiennes 2018 se poursuivent jusqu’au mardi 13 février. La traditionnelle Nuit du festival aura lieu le samedi 10 février, et verra les cinq films de la série Stray Cat Rock être projetés. La Master class de Larry Clark aura lieu le lundi 12 février à 19h, et sera suivie de la projection d’une version inédite de The smell of us. F.J. Ossang sera présent, entre autres, le dimanche 11 février à 21h, pour une avant-première de son dernier fait d’armes, 9 doigts.

Ne manquez pas, également, l’avant-première des Garçons sauvages, le lundi 12 février à 20h45, en présence de son réalisateur, Bertrand Mandico, et de Vimala Pons et Pauline Lorillard.

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Visuel : affiche des 18e Journées cinématographiques dionysiennes

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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