Danse

« Another Look At Memory », une création de Thomas Lebrun ouvre le Festival de Danse de Cannes 2017

« Another Look At Memory », une création de Thomas Lebrun ouvre le Festival de Danse de Cannes 2017

09 décembre 2017 | PAR Yaël Hirsch

A la rédaction de Toute La Culture, nous adorons nous laisser éblouir et surprendre par Thomas Lebrun : qu’il revisite la tradition cachée du romantisme avec sa version de La Jeune Fille et la mort, qu’il repense le style personnel des danseurs et des frimeurs des boîtes de provinces des années 1970 (Les rois de la piste) ou qu’il imbrique le corp du danseur à l’art allemand du Lied (Lied Ballet), éros et thanatos s’incorporent toujours de manière réfléchie dans la danse du directeur du CCN Tours. Créés cette année au Festival de danse de Cannes, sa nouvelle chorégraphie, Another look At Memory contient une bonne partie de ses obsessions sublimées avec un néo-classicisme qui rend hommage à toute la mémoire de la danse.

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Apres un mot chaleureux de la directrice du Festival, Brigitte Lefèvre, Another Look At Memory plonge immédiatement les spectateurs du Théâtre Croisette dans une lumière verte d’aquarium à la fois douce et dérangeante. Imaginée à partir d’un entretien radiophonique de Marguerite Duras, où elle parle de la manière dont la création s »impose, même sans plan défini (« Vous savez, je ne comprends pas toujours très très très bien ce que je dis. Ce que je sais simplement, c’est que c’est complètement vrai« ). Pour Thomas Lebrun, en danse également, le sensible précède le sens, le corps du danseur est lancé, on créé parce qu’on ne peut pas faire autrement, dans l’expérience, et parfois ce n’est qu’à la fin qu’une oeuvre comme une chorégraphie s’unifie dans un sens. La pièce travaille sur la notion très mystique de présence dans l’absence. Another Look At Memory rejoint aussi Duras et sa Douleur dans l’attente de Robert Antelme, quand les danseurs reprennent des mouvements du solo de Anne-Sophie Lancelin, L’étoile Jaune. La pièce commence par un trio qui fait corps selon des mouvements gracieux, verticaux, parfaitement fluides et synchronisés, qui rappellent un petit corps de ballet classique. Mais très vite, à répéter leurs mouvements sur une musique semi-sacrée de Philippe Glass où le clavecin synthétisé semble également se perdre à force de se relancer, les corps de Raphaël Cottin, Anne-Sophie Lancelin et Anne-Emmanuelle Deroo s’embrayent en pointillés.

Subrepticement, l’harmonie s’enfuit, jusqu’à ce que le grincement du déséquilibre fasse foyer. Et l’on quitte l’horizon du Ballet classique pour aller vers quelque chose de plus grinçant, désarticulé, à fleur de sol, qui porte la marque de l’histoire du 20ème siècle. Arrive alors comme un souffle de renouveau, ou un des trois archanges, le danseur Maxime Aubert, auquel les trois autres danseurs passent la mémoire comme un flambeau. Son solo est sublime avec une pointe de quelque chose de désespéré. Puis, les trois autres danseurs le rejoignent pour un quatuor final où l’on se réjouit, dans une lumière plus chaleureuse, que la transmission soit passée.

Une chorégraphie qui suscite une grande réflexion, nourrie par la discussion que le public a pu avoir avec le chorégraphe et ses danseurs après le spectacle et qui va certainement encore s’enrichir des éléments que Thomas Lebrun pourra apporter dans sa masterclass de ce samedi 9 decembre, à 10h30, à Cannes.

visuel : Frédéric Iovino

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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