Danse

Thomas Lebrun : La jeune fille et la Mort au Théâtre national de Chaillot

Thomas Lebrun : La jeune fille et la Mort au Théâtre national de Chaillot

20 mars 2012 | PAR Smaranda Olcese

S’attaquer à un « monument » de l’histoire de l’art, voici un défi que le nouveau directeur du Centre Chorégraphique National de Tours relève avec brio. Sa version de La jeune fille et la Mort n’en finit pas de nous surprendre.

 

A contre-courant des modes et des poncifs, Thomas Lebrun s’accorde le plaisir, futile d’après les uns, exquis d’après les autres, de revenir sur le romantisme et sa place dans la société contemporaine, d’envisager sa lente disparition et sa discrète résistance.

La pièce a connu pléthore de versions dont celle de Maguy Marin en 1979, pour ne citer qu’un exemple. Il ne s’agit pas pour le chorégraphe de faire tabula rasa, ni pour autant de succomber à la tentation du post-moderne. Thomas Lebrun assume pleinement le romantisme de la partition, qu’il réussit néanmoins à ponctuer par des touches d’humour fin, des clins d’œil un tantinet légers et enjoués. Sa création se veut surtout ancrée dans le temps présent. Il témoigne de la révolution sexuelle des années 70, de l’arrivée du SIDA, danger insidieux, mortel, qu’adressait récemment, dans un tout autre registre, Them, création de Dennis Cooper, Ismaël Houston-Jones et Chris Cochranne, malheureusement toujours d’actualité 30 ans après. Il témoigne surtout du passage du temps, implacable, mais au delà de toute fatalité, enrichissant. Thomas Lebrun convoque sur le plateau, aux côtés de la jeune Anne-Sophie Lancelin, déjà remarquée dans le solo de L’étoile jaune, partie prenante de sa Constellation consternée, des interprètes d’une génération antérieure : Christine Gérard, Corinne Lopez et surtout Odile Azagury, dont le solo est à couper le souffle. Formidables présences, sculpturales, elles portent à même le corps les traces du temps et dans leurs chairs la mémoire des courants et des enseignements assez éclectiques. Dans la chorégraphie de Thomas Lebrun, elles sont tout d’abord des femmes animées par des désirs, porteuses d’une sensualité désespérée, émouvante. Le chorégraphe trouve la bonne distance entre le pathos et l’humour pour convoquer sur scène la force et la passion des corps qui désirent. Le chorégraphe parle également des « petites morts », avec une infinie pudeur et sensibilité. La jeune fille va se laisser porter par ses envies, tour à tour, elle va voir, accepter, oser, résister, commettre.

La Mort n’apparaitra pas sur scène autrement que sous la forme hautement plastique d’une silencieuse pluie de cendres, de sombres confettis se déposant doucement sur le plateau, ou dans le rictus figé de furets empaillés qu’entrainent à même leur peau nue les trois danseurs dans le mouvement d’ouverture de la pièce. Des gestes épars vont l’évoquer également dans la danse très expressive qui parfois se resserre menaçante, étouffante autour de la jeune fille.

La musique de Schubert est vivante sur scène, un quatuor à cordes et un chanteur lyrique la portent. La présence opaque et obstinée des musiciens, conjuguée à la texture riche et dense des corps de ces danseuses plus avancées en âge, conjure le caractère galvaudé de la partition.

photographies © Frédéric Iovino

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Smaranda Olcese

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