Cirque
Les réalités augmentées de Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel au 104

Les réalités augmentées de Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel au 104

18 février 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Au Centquatre, le festival Les Singulier.e.s bat son plein depuis la fin de la grève, l’occasion de voir les dernières créations de Tsirihaka Harrivel et Vimala Pons : La dimension d’après et Le Périmètre de Denver, deux manifestes sur la relation déformée à la réalité. Indispensable.

Au commencement il y avait la chute.

Le 4 octobre 2017, Tsirihaka Harrivel fait une chute de huit mètres lors de Grande. Il s’en sort presque indemne. Quelques semaine après, dans Libération, il témoignait de ce miracle : « A l’école de cirque, j’ai fait du mât chinois en spécialité, qui suppose une ascension spectaculaire et où il y a beaucoup de chutes. Et finalement, je n’ai gardé que la chute. Prendre les mots au pied de la lettre, s’accrocher à un mât, à un objet, ou à un sentiment : cela a des résonances réelles dans notre vie». Il a donc chuté en étant conscient de chaque seconde. Cinq ans après, il est temps pour lui, visiblement, de nous raconter, à sa manière, et sans cirque ou presque, ces huit mètres là.

La scène est occupée par un bonhomme en carton qui nous parle et nous prévient : « Je voulais prendre la parole avant de commencer pour exposer ce que vous allez voir. C’est l’histoire d’une personne marquée par l’image d’une chute. La chute a duré une demi-seconde ». Le spectacle, une heure, est le récit en vidéo et en chanson de cette demi-seconde où tout a failli basculer. Nous passons par huit états, de 8 à 1 mètre. De « quelque chose de pas prévu » à « Tour de contrôle ».

L’espace est blanc, il y a un panneau transparent qui floute ce qui se passe derrière. Cela fait des formes lumineuses. Il y a des objets sur des tiges comme des balançoires à deux sièges. Il n’y aura pas d’acrobatie, pas de mouvement brusque. Il y aura ce cauchemar où tout du long, ce personnage dont les yeux deviennent des écrans est soutenu par une petite Vimala Pons en marionnette. Lui est également musicien et ce sont les titres de La dimension qui sont joués en live .

On ne comprend pas tout. Il parle un peu comme un jeune youtubeur, ça mitraille. Il dirige la lumière qui semble être prise de folie aléatoire. C’est seulement à la fin que la beauté et la tristesse nous envahissent. Une fois que les personnages sortent de l’écran pour montrer et délivrer ce qui se cachait. Ce qui se cachait c’est qu’il est impossible justement de comprendre. Parce que de façon majoritaire, les spectateurs n’ont pas fait une chute libre de huit mètres pour s’en relever « presque » indemne.

Sans aucune transition, La dimension d’après se termine à 20H30 et Le Périmètre de Denver commence à 20H30, nous allons à pas vifs jusqu’à la plus grande salle du Centquatre. Autre espace. Du petit, de l’intime, nous passons à l’immense et au multiple. Il y des gros cailloux, une porte, un escalier, une table avec des hommes gonflables assis tout autour. La lumière est rose au fond, elle pourra être verte ou jaune selon le moment.

Une grosse dame nous parle avec un accent allemand, elle va bientôt porter sur ses épaules toute une « carrière » de pierre. Vimala Pons est donc Angela Merkel « charmante politicienne allemande » et elle se plaint de tout ce poids qui pèse lourd ! Alors, elle est venue se détendre en thalasso ! Nous comprenons que nous sommes dans une enquête policière au moment de la reconstitution : faire comme si c’était vrai alors que tout le monde sait que c’est faux.

La pièce ne fait que troubler nos perceptions. Vimala Pons est une clown précise. Comme Dans la dimension d’après, elle délivre tous ses secrets en se défaisant de ses personnages à vue. La bande son également efficace est signée de Vimala Pons. D’ailleurs, nous en retrouverons bientôt une partie sur l’EP « Eusapia Klane » qu’elle sort sur le label Warriorecords ( oui, celui de Rebeka Warrior ! ).

Le Périmètre de Denver est un espace qu’on crée quand on ment. C’est une zone mentale et plus précisément une boucle de temps qui se répète en s’adaptant à de nouvelles situations.

Alors, tous les protagonistes sont appelés à témoigner. A commencer par la victime, un hydrothérapeute, une retraitée, un chef de la sécurité, et un assureur. Vimala est éblouissante dans ses transformations, on y croit à chaque fois.

La pièce nous rappelle que c’est pour de faux, mais c’est quand même beau. Ce qui est vrai c’est l’exigence, et un rapport au temps millimétré. On rit aux éclats face aux trouvailles de scénographie. Un conseil : regardez bien partout !

La dimension d’après, jusqu’au 20 février. Le Périmètre de Denver jusqu’au 26 février. Informations et listes d’attentes ici

Visuels :

©Sylvain Verdet

© Makoto Chill Ôkubo

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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