Cirque

Grande, la vie décomposée de Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel

Grande, la vie décomposée de Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel

21 septembre 2017 | PAR La Rédaction

Que peut-il avoir de plus grand hormis la vie elle-même ? C’est la question que se posent Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel dans Grande, tâchant de montrer qu’il n’y a peut-être pour l’expression « plus grand que la vie » qu’une raison d’être toute minime.

Par Timothée GAYDON

Ce que les deux circassiens, danseurs, trublions ou performeurs nous présentent n’est rien de moins qu’une grammaire de la vie humaine, où tout se rejoint et se repousse, dans un monde où il n’y a de sens que fuyant, lequel impose férocement ses normes, ses règles, ses codes. Joyeux bazar que tout cela, que tout ce qu’on voit ; la scène est une sorte d’entrepôt, de coulisse à partir duquel un univers s’élabore. Pons et Harrivel racontent dans cet environnement foisonnant d’objets la (dé)construction accélérée d’un couple, sombrant et se transcendant tour à tour.
Si toute vie a sa grandeur, pour le comprendre, il faut la décomposer, s’amuser à l’éprouver dans l’essor des petites choses du quotidien. Le spectacle propose une synthèse extrêmement dense de nos vies ordinaires, où alternent grandes peines et petites joies. Composé en revues, Grande pointe du doigt les choses que l’on distingue si mal chez nous. Il est une projection du spectateur au sein de l’architecture de sa propre vie, et de ses arcanes, celui-ci se meut alors inconfortablement dans sa propre cuisine (sale), ou se retrouve claustré dans sa tristesse, sanglotant et plein de remords. Grande c’est un peu notre carte du Tendre de l’an 2017, aux îlots connus de tous ; une carte offrant des dérives inévitables mais aussi des oasis enchanteurs et autres haltes revigorantes.
Mais comment ont-ils si ingénieusement réussi à montrer que la vie est un/en kit ? Comme si le meuble Ikéa à monter soi-même ou le mannequin de vitrine dont les membres sont si faciles à décrocher permettaient de comprendre que pour exister nous assemblons des blocs à longueur de temps. La réponse est à trouver par soi-même dans ce spectacle plein de secrets, de malices, qui explore le réel sur le mode de la prestidigitation – sans pour autant le faire mentir, lui rendant au contraire toute sa sève fabulatrice et fantasmatique – et qui capte la façon dont chaque individu se singularise à partir de lieux communs, de gestes faits et refaits, d’attitudes. On ne ressort de là plus que conscient des trames narratives sur lesquels on glisse, desquelles on décroche parfois pour en retrouver d’autres et s’y harnacher pour longtemps.
Les techniques du cirque qu’instillent les deux artistes à leur proposition conduisent à l’étonnement et au ravissement du spectateur. Se cache dans l’ombre l’idée que l’intime est également un cirque, où nous sommes à nous-mêmes notre propre Monsieur Loyal, tournoyant parfois follement autour de la piste. Grande a l’étoffe des plus grands récits, des plus belles épopées et odyssées, tout en maintenant celles-ci dans une immédiateté fragile et délicate, qui en fait l’une de ses plus précieuses qualités. L’exposé, si peu scolaire, est sans nul doute à reconduire à tout prix, tant il est malicieux, festif, et qu’il nous berce au gré de ses mélodies fraîches et mélancoliques. L’acuité du regard des deux artistes conduit à l’énonciation d’une vérité d’une profondeur imparable – dans le sens fort, d’une profondeur qui nous abîme –, une des plus belles célébrations de l’incongruité et de l’existence en cette rentrée.

Visuel © 104

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