Cirque
A l’Atelier du Plateau fait son cirque, les arts de la piste se frottent toujours à l’impro

A l’Atelier du Plateau fait son cirque, les arts de la piste se frottent toujours à l’impro

23 octobre 2022 | PAR Mathieu Dochtermann

L’Atelier du Plateau fait son cirque, le festival organisé par l’Atelier du Plateau dans le 19e à Paris, a lieu ce mois d’octobre comme il a lieu tous les ans. Le dispositif fondé sur l’improvisation est préservé, avec cependant une petite nouveauté très bienvenue : l’arrivée de gradins. Pour découvrir des artistes de talent, faire le plein de petites pépites et de bonnes surprises !

L’Atelier du Plateau, c’est un lieu qui accueille beaucoup de théâtre et de musiques diverses et variées. Cependant, il programme également du cirque, particulièrement lors de ce rendez-vous – qui compte 21 éditions cette année – fixé au début de l’automne, intitulé L’Atelier du Plateau fait son cirque.

Le concept vaut le détour, et explique que les amateurs aiment se donner rendez-vous là : le plateau artistique est chaque soir différent, avec un artiste fil rouge qui change toutes les semaines. Les circassiens ne sont jamais seuls en piste, puisqu’ils sont toujours flanqués d’un duo ou d’un trio de musiciens. Tout ce petit monde se rencontre l’après-midi même pour la représentation de 20 heures : autant dire que chacun et chacune arrive avec sa matière, et que ne fût-ce que poser les grandes lignes du spectacle, chaque soir différent, doit relever parfois de la gageure !

Pour autant, grâce à la qualité des artistes invités, et du fait que certains d’entre eux ont déjà une petite habitude de travailler ensemble tout de même, les soirées ont une étonnante cohérence. La spontanéité n’empêche pas la qualité : il y a une écriture globale du spectacle, pour rapide qu’elle soit, et il y a la possibilité de rencontres inattendues, de complicités quasi instantanées, selon que le dialogue s’établit de façon plus ou moins fluide entre les artistes.

C’est l’espoir que l’alchimie se trouve et qu’un spectacle un peu magique en naisse qui rend le dispositif particulièrement intéressant. Evidemment, à ce jeu, le résultat n’est pas garanti à chaque coup. Mais, d’expérience, on est rarement déçu. Plutôt le contraire : on tombe très souvent sur de très bonnes surprises !

Pour le coup, on a assisté à une excellente soirée ce jeudi : l’artiste conviée cette semaine est Noémie Bouissou, acrobate, et elle est arrivée entourée d’artistes qui ont proposé de très belles choses, avec un ensemble étonnamment soudé quand on considère qu’il y a eu, à peine, le temps d’un filage avant l’arrivée du public. Il faut dire que quelques-uns des artistes n’étaient pas totalement étrangers les uns aux autres : Lucas et Baptiste Bouissou, spécialistes ès loufoquerie et acrojongle, et Xavier Bouissou, poète-déclamateur aussi inventif que drôle, ne sont pas de parfaits étrangers, comme l’indique leur nom. Toute la famille connaissant plutôt bien son affaire, la proposition part déjà sur une bonne base. On retient particulièrement un passage au mât chinois de Noémie Bouissou bien maîtrisé, ainsi qu’un discours de Xavier Bouissou finissant par un détournement de l’Internationale très réjouissant, qui finit par la manifestation la plus festive qu’on ait vu depuis longtemps.

Entretemps, les autres invité.e.s de la soirée ont fait leurs numéros, et ils étaient tout sauf anecdotiques. Juan Ignacio Tula à la roue Cyr est toujours aussi puissant et impeccable. Peu d’artistes seraient capables de proposer un numéro aussi intense et convaincant, avec cet agrès, dans un espace de jeu aussi restreint. Julian Sicard propose un passage d’acrodanse rendu spectaculaire par le fait qu’en même temps Xavier Bouissou est accroché au-dessus de lui, pendu à une ligne descendant des cintres qui quelques minutes plus tôt soulevait Frida Ocampo dans un numéro de capilotraction qui ne manquait pas de grâce ni d’allure. Domi Joannon, enfin, présentait une routine au trapèze fixe tout en calme puissance. 

Le fait que le spectacle offrait une solidité d’ensemble tient évidemment aux mérites individuels de tous ces artistes ainsi qu’à l’agencement habile des numéros, mais aussi à une qualité d’attention des circassiens les uns aux autres qui était très manifeste. On parle souvent de générosité des artistes dans le rapport au public, on n’en parle peut-être pas suffisamment dans leurs rapports entre eux : cette disposition n’en est pas moins essentielle à un bon spectacle, et il est impossible de tricher quant à sa présence ou à son absence. Pour le coup, elle était présente dans toutes ses dimensions, et cela ne contribuait pas peu à faire de la soirée une réussite.

Il faut dire enfin que la mise en lumière, également bricolée presque dans l’instant, était réussie, et que, surtout, l’accompagnement musical était très qualitatif. Leila Martial déployait des trésors de technique vocale, aidée de divers dispositifs électroniques et de petits instruments à vent comme des sifflets. Valentin Ceccaldi, avec son violoncelle, lui fournissait un appui très sûr. Les deux musiciens étaient bien en phase, et suivaient les évolutions des circassiens avec une grande attention pour s’ajuster au mieux à ce qui se passait sur la piste. 

Dans l’ensemble, artistiquement, la soirée était une belle réussite. L’une de ces bonnes surprises dont on parlait plus haut, la grâce d’une rencontre qui se fait et qui produit une œuvre spontanée, fraîche, inédite et irreproductible. Un condensé de ce qu’est le spectacle vivant, en somme.

Il faut ajouter que le lieu, déjà chaleureux, et l’équipe, toujours aux petits soins pour accueillir un public d’habitués, a soigné cette année l’un des petits défauts du festival, qui est le rapport scène-salle. En effet, les années précédentes, le public était installé de plain-pied, ce qui fait que les spectateurs au-delà du deuxième rang ne voyaient presque rien lors des passages au sol, ce qui est fortement dommage pour un certain nombre de disciplines. Cette année, l’Atelier du plateau s’est doté de deux gradins en bi-frontal, plutôt confortables, qui permettent une excellente visibilité et améliorent donc d’autant l’expérience du spectateur…

On reste charmé de l’endroit, de l’idée, de la facilité de cette sortie cirque dans Paris intra-muros, qu’on peut facilement glisser après le travail ou une bière entre amis. On peut même avoir la bonne idée d’y donner rendez-vous auxdits amis, pour une soirée dont on peut gager qu’elle n’en sera que plus mémorable.

Un rendez-vous d’habitués recommandé à tout le monde !

 

 GENERIQUE

Les interprètes du jeudi 20 octobre:

Côté cirque : Noémie Bouissou, acrobate, Julian Sicard, acrobate, Domi Joannon, trapèze, Lucas et Baptiste Bouissou, acrojongle, Xavier Bouissou, textes loufoques, Frida Ocampo, danse et capilotraction, Juan Tula, roue cyr

Côté musique : Leila Martial, voix, Valentin Ceccaldi, violoncelle

Direction artistique : Matthieu Malgrange, avec la complicité de Cécile Mont-Reynaud, Cochise Le Berre, Noémie Bouissou et Julian Sicard – Construction et régie plateau : Samy Deschamps – Créations lumières et direction technique : Thomas Costerg – Régie : Noémie Rade – Peintures : Myrtille Pichon – Administration : Delphine Touchet – Communication : Marie-Astrid Vandesande

Visuel (c) les ateliers du plateau

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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