Cirque
20 ans de cirque à l’Atelier du Plateau, l’âge de dé-raisonner

20 ans de cirque à l’Atelier du Plateau, l’âge de dé-raisonner

10 octobre 2021 | PAR Mathieu Dochtermann

L’Atelier du Plateau fait son cirque, le festival organisé annuellement par l’Atelier du Plateau dans le 19e à Paris, fête en ce mois d’octobre ses 20 ans. L’occasion de (re)découvrir ce dispositif singulier, qui fait la part belle à l’improvisation, à la création dans l’instant, au mariage des disciplines.

L’Atelier du Plateau, c’est avant tout un écrin, un lieu d’habitués, bien caché au fond d’une étroite ruelle dont le portail a été laissé ouvert. Un espace très singulier, une ancienne fabrique disposée en L, avec le bar dans le fond et l’espace scénique dans le coude. C’est un lieu chaleureux, où chacun et chacune rencontre un accueil bras ouverts, et se retrouve bientôt avec un verre de son poison favori à la main. C’est aussi un endroit où l’expérience de spectateur est singulière : sans gradins, dans une sorte de bi-frontal mais à 90°, avec des coulisses qui seraient au 1er étage…

Malgré tout cela, ou à cause de tout cela, l’expérience ne manque pas de charme. Le plaisir redouble quand on constate la qualité des artistes invités. En effet, le concept de L’Atelier du Plateau fait son cirque c’est d’avoir un plateau artistique différent chaque soir, avec un artiste fil rouge qui change toutes les semaines. Les circassiens et les musiciens qui se présentent au public ne sont ainsi jamais tout-à-fait les mêmes, ni tout-à-fait habitués à travailler ensemble… et le défi qu’ils relèvent est de se rencontrer l’après-midi pour poser les grandes lignes du spectacle joué le soir, chaque fois différent !

C’est un dispositif qui encourage grandement la spontanéité, et qui fonctionne plutôt bien avec le cirque car chaque artiste peut amener ses routines et proposer un petit numéro qualitatif à poser à son tour. Là où la proposition fait très fort, c’est que l’ensemble se tient assez admirablement bien : les numéros s’enchaînent, se répondent, s’équilibrent, une sorte de thème commun se construit, l’artiste fil rouge et l’ensemble de trois musiciens assurant finalement une assez belle cohérence à l’ensemble. Evidemment, à prendre ce genre de risques, on s’expose aussi à des ratés, mais ils ne sont pas la norme ici ; au contraire, on peut surtout tomber sur de très bonnes surprises.

Finalement, le lieu se prête plutôt bien à la représentation, avec son décor de stuc improbable, des effets d’ombre portée plutôt jolis, une acoustique très correcte. On regrette juste que les passages au sol soient presque impossibles à voir depuis les derniers rangs.

Pour notre part, nous avons profité d’une soirée orchestrée par Ludor Citrik, très en forme, absolument à l’aise dans l’improvisation, flanqué de quelques compères clownesques qui ne dépareillaient pas l’ensemble. Pour des numéros plus physiques, on avait droit à de beaux moments de sangles et de trapèze fixe, et un passage à la corde lisse vraiment enthousiasmant. L’accompagnement musical était parfait, pas envahissant mais très présent, avec beaucoup de finesse et d’écoute. Une soirée vraiment drôle et agréable, qui s’est achevée par un (faux) pugilat assez réjouissant.

C’est une aventure à tenter en sortant du boulot, avec un ou deux amis choisis, pour passer une soirée un peu hors des codes et hors des cadres. De la simplicité, de la chaleur humaine, un peu d’exigence artistique, et beaucoup de bonne humeur : la recette d’un certain bonheur ?

Les interprètes du vendredi 8 octobre:

Ludor Citrik, clown
Viivi Roiha, corde
Emma Verbeke, sangles
Claudio Martinez, thé jonglé
Lucas Bouissou, acrojongle
Baptiste Bouissou, acrojongle
Tarzana Fourès, trapèze
Benjamin Colin, percussions
Francesco Pastacaldi, percussions
Fanny Perrier-Rochas, voix
Visuel (c) les ateliers du plateau

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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