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Perfect Vision : Patti Smith et Soundwalk Collective live au Centre Pompidou

Perfect Vision : Patti Smith et Soundwalk Collective live au Centre Pompidou

23 octobre 2022 | PAR Yaël Hirsch

Ce samedi 22 octobre, Patti Smith donnait deux performances d’affilée aux côtés de Stephan Crasneanscki et Simone Merli du Soundwalk Collective, ainsi que d’invités. Un voyage généreux et intense sur les pas de trois poètes : René Daumal, Arthur Rimbaud et Antonin Artaud.  

De 2017 à 2021, le collectif expérimental sonore formé par Stephan Crasneanscki, rejoint par Simone Merli a enregistré avec l’écrivaine, photographe, musicienne et chanteuse punk-rock un triptyque d’albums sur Daumal, Rimbaud et Artaud, Perfect Vision, enregistré dans trois lieux différents pour faire résonner leurs voix : la Sierra Tarahumara au Mexique, l’Abyssinie en Éthiopie et le sommet de l’Himalaya en Inde.

Hommage à trois poètes morts jeunes.

A 75 ans, Patti Smith est plus active que jamais et hier soir elle a enchaîné une signature de livre autour de l’installation qu’elle présente jusqu’au 23 janvier au 4e étage du Centre Pompidou et deux performances de poésie et chant. Alors qu’en 2021, déjà, elle a offert au Panthéon un concert privé pour quelques happy few venus célébrer l’anniversaire de FIP et que sa passion pour Rimbaud l’a poussée à acheter la maison de la mère du poète à Charleville-Mézières (elle s’est ainsi produite au Cabaret vert en 2019), il est très précieux de pouvoir entendre et voir en France Patti Smith en petit comité, de manière privilégiée.

Hier soir, lors du deuxième concert, ce sont à travers ses mots et avec les sons et le VJing de Stephan Crasneanscki et Simone Merli du Soundwalk colective et de Nicolas Becek, Diego Espinosa, Oriana Gidi et Leonardo Heiblum qu’elle rend hommage à trois poètes. Trois hommes, donc, aux destins tragiques : Rimbaud, mort à 37 ans après que l’amputation d’une jambe n’ait pas réussi à le sauver, René Daumal, décédé de tuberculose à 31 ans à Paris et Antonin Artaud mort à 50 ans après des années d’internement psychiatrique, à la clinique d’Ivry sur Seine.

Un texte d’une intensité folle

Dans un texte d’une intensité folle et qu’elle habite et par sa voix – inchangée – et par la répétition et par ses mouvements, Patti Smith rend hommage à ces trois écrivains qui ont compté pour elle dans un mélange de poésie qui lui est propre et d’inclusions de textes et d’éléments biographiques : à la fois elle « mange » ses héros et en même temps elle nous dit qu’elle « leur appartient de plus en plus ». Il y a une véritable descente aux enfers qui dure bien plus d’une saison et en même temps il y a ce message constant qu’il y a quelque chose de plus fort que la mort : habiter son propre désir. C’est pour cela que la performance se termine avec Artaud. Les électrochocs, la magie noire que Patti Smith dénonce avec la psychiatrie du 20e siècle, c’est la tentative ultime de dévoyer le désir d’un être.

Poésie et politique

Le message a beau porter sur des poètes du 20e siècle, il y a du politique bien sûr, avec l’idée que c’est à nous de décider si quelque chose compte ou pas, et celle que nous portons avec nous les destinées de ceux et celles que nous avons choisis de porter « comme des morts aux poignets ». Patti Smith émaille sa poésie de quelques références au présent, elle dédie notamment des vers forts aux femmes iraniennes. Et elle nous dit à nous, que c’est à nous d’agir pour que l’amour universel l’emporte et que les feux d’artifice éclatent. C’est d’ailleurs tout à fait le programme que proposent le Soundwalk Collective et Patti Smith avec une ambiance plus douce et psyché et une chanson entre pop et folk interprétée jusqu’au bout dans une sorte de communion qui apaise après l’âpre voyage.

Un grand moment de performance

Il y a donc quelque chose d’authentiquement sixties dans ce set, qui rappelle les performances de la Beat Generation. On entend beaucoup Ginsberg derrière Patti Smith. Avec peut-être encore en plus une impression de travail pleinement achevé : Patti Smith est entièrement là, intime, tellurique, avec quelque chose de volcanique qui incarne la vie qu’elle propose. Le travail sur le son est extraordinaire et la synchronisation entre la projection, la lumière et les attitudes de la poétesse est impressionnante. En final de la performance de 22H, un bis avant l’heure vient finir de nous bouleverser : Patti Smith appelle sa fille, Jesse Paris, sur scène et lui chante avec elle a capella la berceuse qu’elle a composée pour ses enfants quand elle était enceinte de son frère Jackson.

L’on quitte le Centre Pompidou électrisés et reconnaissants de tant de générosité et de partage. L’installation « Evidence » est donc à voir au Centre Pompidou jusqu’au 23 janvier et les albums de Patti Smith et du Soundwalk Collective sont accessibles ici.

Visuels (c) Hannah Starman

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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