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[Live Report] Djénéba et Fousco sur la scène du Pan Piper

[Live Report] Djénéba et Fousco sur la scène du Pan Piper

08 février 2018 | PAR Alice Aigrain

Djénéba et Fousco sont probablement le groupe d’Afrique de l’Ouest le plus attendu de l’année. Les deux talents découverts par le télé-crochet malien « Tounkagouna » (qu’ils gagnèrent respectivement en 2010 et 2011) et propulsés par leur participation en duo dans la seconde édition de « l’Afrique a un incroyable talent » se produisaient sur la scène du Pan Piper afin de présenter leur premier album « Kayeba Khasso » qui sortira le 23 février.

Ils étaient censés monter sur la scène du Flow, mais la météo parisienne les a obligés à s’éloigner du fleuve débordant pour rejoindre les rues enneigées et glacées qui entouraient le Pan Piper dans le 11ème arrondissement. Malgré ce changement de programme de dernière minute et les conditions climatiques qui donnaient envie de se planquer sous la couette, la salle était pleine, signe de l’attente que le duo suscite. Tous s’étaient déplacés, les déjà fans et convaincus qui avaient suivi leur aventure dans les télé-crochets via les réseaux sociaux comme les curieux qui n’attendaient que d’entendre ce qui a été annoncé comme une révélation.

Le concert a été mené par un groupe à la virtuosité indéniable. Yé Yé Kanté aux percussions et batterie a su jouer sur la rythmique et ses changements impromptus, mais toujours parfaitement maitrisés. Yacouba Koné, à la guitare électrique avec son looper et ses pédales à effet, modulait ses sonorités et faisait ainsi voyager le groupe à travers les univers musicaux. Ainsi les impros rock succédaient à des gimmicks électriques renvoyant à la tradition griottique. Valentin Ceccadi au violoncelle, sortait parfois de son retrait et montrait qu’il n’était pas en reste. Aux cordes pincées, il sortait volontiers des grilles harmoniques pour apporter une touche jazz, à l’archet, il amenait une douce mélancolie.

Enfin le couple de voix n’a pas dérogé au niveau technique général. Fousco Sissoko au chant et à la guitare, de sa voix profonde et affirmée, semblait ne jamais s’arrêter de raconter des histoires fantastiques qui alternaient entre la douceur et le blues sans jamais sortir d’un groove bien senti. Des contes, Djénéba Kouyaté semblait aussi en chanter. Dans la plus grande tradition griottique, cette descendante directe du premier griot de l’empereur Soundiata Keita, n’a cessé de mettre en musique ce qu’elle avait à dire, usant parfois de son don pour l’improvisation chantée. Les capacités de sa voix, à la tessiture large, aux modulations maitrisées, à la puissance remarquable, aux graves profonds et aux aigus saisissants a cependant parfois semblé être un défaut. Se laissant aller à une démonstration technique, sa prestation a parfois manqué de nuances, desservant alors le reste du groupe, écrasé par la puissance de son coffre. Pourtant à l’écoute de l’album « Kayeba Khasso » qui sortira prochainement, il semblerait qu’elle soit capable des plus subtiles nuances, offrant alors à ses titres une profondeur émotive bien plus forte. Peut-être s’agissait-il là d’un surplus de générosité, d’une volonté de trop (bien) faire, de trop donner.

Le groupe ne s’est en effet pas épargné, le long concert a été un moment de partage et d’échange avec le public. Un auditoire dans lequel se trouvait Fatoumata Diawara, la chanteuse malienne parmi les plus douées de sa génération et qui ne cesse de s’attirer les faveurs du public comme des critiques. Interpellée par Djénéba et Fousco, elle a accepté de monter sur scène. « J’étais venue là pour me reposer, parce que je travaille tout le temps » nous prévient-elle. Raté. « Cela fait partie de la tradition malienne de se passer le micro », poursuit-elle. En effet, le groupe ne compte pas la laisser repartir sans une chanson, visiblement ravie que cette présence imprévue puisse mener à un bœuf de dernière minute. Sans nul doute, c’est une belle rencontre musicale qui se joue devant les yeux émerveillés de la salle. Mais laissons d’abord le couple sortir son album dont on pressent déjà le succès avant d’espérer une future collaboration.

 

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Alice Aigrain
Contact : alice.ai@orange.frwww.poumonsvoyageurs.com

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