Musique

The Fitzcarraldo Sessions ou le précieux All-Star de l’alternative

20 octobre 2009 | PAR Mikaël Faujour

Dans un esprit proche du Rock’n’roll Circus initié par les Stones, des Desert Sessions de Josh Homme, mais plus encore du projet Probot de Dave Grohl, les musiciens de Jack the Ripper ont créé leur projet collaboratif en 2008. (Pour ceux qui ne connaîtraient pas Jack the Ripper, il s’agit tout simplement de l’un des meilleurs groupes de rock en France depuis les années 90. Inspirée par Nick Cave et teintée d’americana, la musique du groupe, précise et profuse, nous vaut de très beaux albums – dont les deux derniers sont en écoute sur Deezer.)

En 2008, Jack the Ripper voit le départ – sera-ce définitif ? – de son chanteur Arnaud Mazurel. Les membres, orphelins d’une voix se lancent dans un nouveau projet, convoquant des artistes divers pour enregistrer une série de collaborations musicales. Le projet est baptisé The Fitzcarraldo Sessions – référence cinéphilique au chef d’œuvre de Werner Herzog, dans lequel le personnage joué par Klaus Kinski a pour ambitieux et fou projet d’édifier un opéra dans la jungle amazonienne.

Le résultat forme moins un album à proprement parler qu’un recueil de chansons, où chaque collaborateur laisse son empreinte propre. Cela est singulièrement frappant pour Moriarty et Joey Burns (Calexico), qui offrent deux des toutes meilleures pièces du disque. Disque de haute tenue, minutieux, We Hear Voices offre une moisson de morceaux globalement bons, quand ils ne sont pas tout simplement envoûtants.

La collaboration avec Moriarty ouvre le disque, avec un « Alice & Lewis », tout à fait dans l’esprit du groupe franco-américain, mené au banjo et mâtiné d’harmonica et de violon : une mignardise de country/folk. S’ensuit « Les méfiants », avec la voix profonde de Stuart Staples (Tindersticks), titre à la tonalité plus grave et dramatique, retenu et intense. Avec « The Gambler », la chanteuse australienne Phoebe Killdeer (croisée chez Nouvelle Vague et dont la voix rappelle le timbre de Belle du Berry, de Paris Combo) fait basculer la musique dans une tonalité jazzy et un swing enlevé. L’ambiance a quelque chose de quelque peu spooky – évoquant une chanteuse de swing dans le monde de Tim Burton.

Difficile de rendre compte de la variété d’atmosphères musicales et d’émotions charriées sans dilapider l’effet de ravissement de ces vignettes musicales remarquablement élaborées. Autant éviter de poursuivre l’égrenage chanson par chanson de ce beau chapelet musical. Chaque chanson vit sa propre vie, jamais en tension avec la précédente ou la suivante ; et pas une seule n’apparaît ici comme du remplissage. Les ambiances changent, de l’intensité ombrageuse du « Lips of Oblivion » avec Blaine Reiniger (Tuxedomoon) ou de la confession angoissée de Dominique A (« L’instable ») au plus entraînant et pop « Animosity » avec Craig Walker (ex-Archive).

Signalons surtout la pièce la plus précieuse de ce fascinant cabinet de curiosités musical : la collaboration avec Joey Burns (Calexico). L’homme n’est sans doute pas la plus grande voix de l’époque, mais son expressivité parfaite de finesse en fait un chanteur précieux, ce que prouve chaque album de Calexico. Ici, avec « As You Slip Away (holding pattern) », superbe de mélancolie contenue trouée de luminescences, Joey Burns donne au disque les 6 minutes de pure grâce qui surplombent le reste.

We Hear Voices s’avère donc une compilation riche, dont la diversité a le mérite de n’être pas synonyme d’éclatement ou de disparité. Orchestrations riches et fouillées, compositions variées et prenantes et interprètes de grande classe : que demander de mieux ?

The Fitzcarraldo Sessions, We Hear Voices, Pias, 19 octobre 2009.

Tracklisting :

1. Alice & Lewis (ft. Moriarty)
2. Les méfiants (ft. Stuart Staples – Tindersticks)
3. The gambler (ft. Phoebe Killdeer)
4. L’instable (ft. Dominique A)
5. Waves (
ft. Syd Matters)
6. Lips of Oblivion (
ft. Blaine Reininger – Tuxedomoon)
7. As You Slip Away (holding pattern) (ft. Joey Burns – Calexico)
8. I, Ignorist (ft. Paul Carter)
9. Animosity (ft. Craig Walker)
10. Drawing down the water (feat. 21 Love Hotel)
11. All the mirrors are covered by snow (feat. El Hijo – Migala)

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Mikaël Faujour

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