Musique

Sweeney Todd, une tuerie au Châtelet…

Sweeney Todd, une tuerie au Châtelet…

12 mai 2011 | PAR Olivia Leboyer

Drame musical, inspiré d’un fait divers légendaire, Sweeney Todd est le spectacle vedette du Châtelet. Cocasse, macabre et émouvant, cet opéra est une vraie réussite. A ne surtout pas manquer !

Vous connaissez sans doute le Sweeney Todd de Tim Burton, délicieusement grinçant et macabre. Mais la légende du barbier démoniaque remonte à 1847 ! Il paraît même que cet incroyable fait divers aurait un fonds de vérité. Présentée pour la première fois en France, la terrifiante histoire de Sweeney Todd prend ici une dimension saisissante !
L’opéra de Stephen Sondheim, mis en scène par Lee Blakley, suscite naturellement l’enthousiasme. Un décor glaçant, sorte d’usine désaffectée, une foule misérable dans un Londres en temps de famine, une lumière sale, et le spectateur se trouve emporté trois heures durant dans une fresque rocambolesque et horrifique, au cœur de la folie humaine.
Le barbier Benjamin Barker revient à Londres, après des années de bagne, sous le faux nom de Sweeney Todd. Ayant perdu sa femme et sa fille, il ne rêve plus que de vengeance. Sombre, solitaire, cet homme à terre retrouve une vieille voisine d’antan, Mrs Lovett, qui l’a toujours aimé et qui profite immédiatement de sa détresse pour l’attacher à elle : il désire se venger ? Rien de plus facile : en bon barbier, il tranchera la gorge des clients, selon l’envie et, puisque rien ne se perd et que les temps sont durs, ils confectionneront de succulentes tourtes à la chair humaine ! Brisé par la société (un peu comme un Wozzeck), Sweeney/Benjamin se laisse docilement faire, jusqu’à perdre tout sens des réalités.
La trame est fascinante et l’interprétation est véritablement à la hauteur : en Mrs Lovett, Caroline O’Connor, géniale, déclenche un rire énorme et cathartique ! Le rôle de Sweeney est assuré en alternance par deux barytons : ce soir-là, c’était Franco Pomponi, impressionnant de charme maléfique et de puissance, le Sweeney idéal ! Mais il paraît que Rodney Gilfry, baryton californien, est également excellent.
Aucune crainte, donc : il faut absolument courir voir Sweeney Todd avant le 21 mai. Humour très noir, intrigue bien construite, drame social poignant, amour romantique : tous ces ingrédients sont dosés à merveille, pour faire de Sweeney Todd un spectacle total, drôle et touchant. Vous en sortirez émus, galvanisés et pleins d’appétit !

Sweeney Todd, The Demon Barber of Fleet Street, de Stephen Sondeim. Mise en scène de Lee Blakley, chorégraphie de Lorena Randi. Distribution : Rodney Gilfry ou Franco Pomponi, Caroline O’Connor, Jonathan Best, David Curry.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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