Musique

Raphaël, l’archange de l’éternelle adolescence

23 septembre 2010 | PAR Yaël Hirsch

Le chanteur a sorti en fanfare son quatrième album, cette semaine. Fidèle à lui-même dans « Je sais que la terre est plate » (Delabel) Raphaël nous emmène par monts et par vaux, sur la route de ses rêves et ses nostalgies.

Dans son dernier album, Raphaël élargit le terrain de ses vagabondages musicaux bien au-delà de l’espace Schengen. Il nous ballade avec sa voix rauque en Asie (la Jonque), à Haïti (Adieu Haïti) sur la plage arrière de la voiture de sa fiancée (Quand c’est toi qui conduis), et en une fin en une douce fin instrumentale dans l’aurore boréale des balalaïkas (Le transsibérien). Mais c’est vers l’utopie de « Concordia » que le chanteur veut surtout se rendre. Obsédé par le temps qui passe, il s’attache à ses lunettes vintage de la fin des années 1970 et au « petit train » de son enfance.

Comme un adolescent, Raphaël se contredit : il fume des Malboro light (Je sais que la terre est plate) puis des Gitanes (Quand c’est toi qui conduis), et affirme, péremptoire, que « la terre est plate » avant de reconnaître qu’il sait qu’elle est ronde (Les limites du monde). Mais entre deux mondes, il a choisi : il voudrait avoir l’âge tendre, alors qu’il se sent partir avec son verre de vodka et ses succès d’artiste vers le monde adulte . « Dans 150 ans » semble arrivé et celui qu’on affectionne pour son air de petit garçon et sa voix à la fois grave et boudeuse ne s’en remet pas. En ce sens, le premier single de l’album qui est aussi la première track : « Le vent de l’hiver » condense bien la nostalgie qui irrigue ce quatrième album. Sur un mode très brechtien, il évoque les « neiges des années passées », le grand Gainsbourg et le bonheur passé.

Le présent, c’est se préparer à la guerre, et Raphaël, avec Toots préfère partir et dire « Adieu Haïti » dans un duo Français/Anglais très en vogue actuellement (on retrouve le même type de message pacifiste bilingue dans les derniers albums de Cali avec « Pas la guerre »). On quitte Haïti et direction le monde des fantasmes donc, celui de l’intimité avec les femmes que Raphaël tutoie pour fermer les yeux pendant qu’elles le guident ou dont il rêve à la troisième personne (Tess).

Mais la véritable utopie, là où les citrons fleurissent, est déjà passée pour ce mignon qui se sent vieillir. Les fans de Raphaël reconnaîtront le rythme entraînant et la tristesse mêlés de « Caravane » dans les premières chansons de l’album, mais à mesure que le disque tourne, la guitare ralentit, quelques expérimentations de collages de sons viennent ralentir la valse des souvenirs (Notamment à la fin du faussement enfantin « Sixième étage »).

Peu à peu, la voix se fait traînante et les chansons deviennent des incantations sinon des Cantiques. Il y a là un tournant dans la musique de Raphaël, qui se détache peu à peu du modèle Jean-Louis Auber pour rejoindre Alain Bashung. Ce nouveau parrain affleure dans les mots percutants de « La Jonque » et surtout dans les mots violemment épelés des «Limites du monde ». Les mots prennent alors toute la place et ce sont leurs sonorités qui nous bercent dans une douce amertume de regrets.

Raphaël, « Je sais que la terre est plate », Delabel, 16 euros.

« Elle se fend plus d’une robe longue sur le côté / La Petite fille de Suzy Wong veut sa vie débridée/ des tocs à la place des tongs/ Brûlent des dragons de papier/ Qu’elle glisse sou sa jonque/ Fond de cour escalier B/ J’aimerais dormir sur ses nattes/ A l’abri des paravents/ Lire l’avenir dans ses cartes / Tant qu’il est encore temps/ Le soir au fond de sa jonque/ Fond de cour escalier B / J’ai le cœur délicat/ je sais comment il bat/ J’aimerais la mettre sur la paille/ Et ca nous changerait des trottoirs » (La Jonque)

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

2 thoughts on “Raphaël, l’archange de l’éternelle adolescence”

Commentaire(s)

  • fandelui

    euh vous avez du retard Raph a sorti son 5eme album qui est Pacific 231 et non Je sais que la terre est plate qui est lui son precedent et 4eme album. Faut vous remettre a la page.

    septembre 23, 2010 at 20 h 35 min
  • Yaël Hirsch
    yael

    Désolée pour la déception,
    mais je suis entrain d’écouter le nouveau, article dans la semaine, c’est promis.
    C’est juste que nous avons un problème technique et que certains anciens articles avaient disparu. C’est un peu dommage non?
    Si vraiment vous ne pouvez pas attendre, interview intéressante de Raphaël dans libé, je crois aujourd’hui. Et bien sûr son rôle dans le film de Lelouch.

    septembre 23, 2010 at 20 h 39 min

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