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Présences 2013: ouverture, mythes et religions de la Méditerranée

Présences 2013: ouverture, mythes et religions de la Méditerranée

25 janvier 2013 | PAR Marie Charlotte Mallard

Ce mercredi s’est ouvert la 23ème édition du festival de création musicale de Radio France, Présences, exceptionnellement délocalisé au Grand théâtre de Provence à Aix, dans le cadre de Marseille-Provence 2013 capitale Européenne de la culture. Alors que chaque année le festival mettait à l’honneur un compositeur et ses influences, en 2013 il est entièrement consacré aux compositeurs issus des bords de la Méditerranée. A défaut d’avoir pu  assister à l’ouverture, nous avons tout de même pu juger du programme, les concerts étant retransmis en direct ou différés sur France Musique.

Pour son ouverture, le festival a fait le choix de réunir orient et occident, mélangeant des pièces du libanais Zad Moultaka, et des pièces des italiens Ivan Fedele et Nicola strani. Le concert débute par une pièce pour percussions de Zad Moultaka, intitulée Non, évocation de la guerre du Liban. La partition est épurée mais non sans brutalité, le surgissement de la réalité si difficile soit-elle, la lutte, l’angoisse et la peur sont ici évoquées. L’ambiance est pesante, il résonne le bruit des armes de guerre, les sons s’entrechoquent, se combattent, tentent d’exister. Puis, les percussions s’estompent pour ne laisser entendre que des voix fantomatiques, comme venues d’outre-tombe, elles planent, glacent et figent l’atmosphère dans une sorte de limbe où règne l’étrange. La pièce, assez courte va de plus en plus décrescendo jusqu’au mutisme total de ces voix, évoquant comme une triste évidence, la vie qui s’échappe.

 

S’ensuit le concerto pour violon d’Ivan Fedele, Mosaïque composé en 2008 d’après une œuvre précédente du compositeur Viaggiatori della notte. Il s’agit là pour le créateur de jouer avec l’œuvre passée, de s’en inspirer, d’y intégrer de petits morceaux à ses considérations nouvelles. Il en résulte, une mosaïque de sons, de thèmes et de couleurs emprunts du passé, du présent et de l’avenir, un vrai jeu sur la notion de temps qui passe et d’évolution également. L’œuvre est ici interprétée par Francesco D’orazio au violon, initiateur de l’œuvre, et l’ensemble orchestral contemporain. Le premier mouvement débute par un énorme glissando de cordes, traînantes, dégoulinantes. Puis, le soliste entre, tout au long du mouvement il voyage d’un pôle à l’autre tel un électron libre. Les mouvements de notes sont dissociés, on passe du coq à l’âne. Néanmoins, si parfois la musique contemporaine tend à n’être qu’une juxtaposition d’éléments mis bout à bout sans réel sens, ici, sous l’apparent désordre l’on sent la continuité. L’impression d’une mosaïque, l’idée que plusieurs petits morceaux disparates forment un tout voire même une image, se ressent ici clairement. Le deuxième mouvement est beaucoup plus lyrique et mélodique, même s’il joue toujours sur les dissonances. Il est également plus triste, le violon est plus dans le registre de la lamentation et joue sur les cordes les plus sensibles. Il en résulte plus de morcellement et plus de détachement, de ce fait, l’œuvre revêt ici un caractère plus méditatif . Enfin, le troisième mouvement apparaît plus agité. Le stress, l’angoisse ressortent vivement, comme si le dialogue entre l’œuvre passée et le présent entrait dans une sorte de dualité, un combat devenu insupportable.

Après ce moment italien, la programmation revient au Liban avec une nouvelle œuvre de Zad Moultaka nommée An Nâs, composition de musique de chambre pour violon, alto, violoncelle et percussions, inspirée du Coran. L’œuvre est très impressionniste et allégorique, elle joue principalement sur les effets, les jeux de cordes : frottements, claquements, rebondissements. Aussi, celle-ci apparaît au premier abord assez dépouillée, chaque instrument y joue successivement en solo, le silence ponctue les interventions. Néanmoins, les passages mélodiques aux cordes sont ici utilisés de façon à évoquer les sonorités des instruments orientaux. La musique est calme, méditative, contemplative, et réflexive. Dans la dernière partie, les instruments se réunissent enfin et s’unissent comme pour reconstituer, reconstruire un discours, une parole, réfléchir ou prier ensemble.

L’œuvre qui suivra est composée par l’italien Nicola Sani, Deux le contraire de un pour 17 instruments. Ici, le compositeur joue sur les sons en tant que tels, les contrastes rythmiques autant qu’ harmoniques, les chocs, les distorsions, les dilatations. Aussi, on retrouve encore une fois des cordes dégoulinantes, des trompettes claquantes, des clarinettes couinantes. L’exploitation des silences lourds, pesants, crée l’expression. Le tout nous plonge dans l’antre du théâtre de la performance ou de la danse contemporaine. La composition est obscure, brumeuse et ténébreuse, mais surtout très anxiogène et provoque le malaise. In fine, si l’on reconnait l’intérêt que l’on peut lui porter, elle apparaît bien trop abstraite et beaucoup moins accessible que les œuvres précédentes.

A la suite de l’entracte, était proposée au public une projection d’un opéra de chambre arabe de Zad Moultaka, Zajal.

Retrouvez le concert d’ouverture sur: http://sites.radiofrance.fr/francemusique/em/concert-soir/emission.php?e_id=80000056&d_id=515005261

Zad Moultaka
NON. Hommage à Samir Kassir pour percussions, bande son et lumières (2006)

Ivan Fedele
Mosaïque, Concerto pour violon (2008)

Nicola Sani
Création pour 17 instruments

Zad Moultaka
An-Nâs pour violon, alto, violoncelle, percussions

Francesco d’Orazio, Violon
Ensemble Orchestral Contemporain
Daniel Kawka, Direction

Concert d’ouverture donné au Grand Théâtre de Provence.

visuels: http://sites.radiofrance.fr/francemusique

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Marie Charlotte Mallard
Titulaire d’un Master II de Littérature Française à la Sorbonne (Paris IV), d’un Prix de Perfectionnement de Hautbois et d’une Médaille d’Or de Musique de Chambre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise, Marie-Charlotte Mallard s’exerce pendant deux ans au micro d’IDFM Radio avant de rejoindre la rédaction de Toute la Culture en Janvier 2012. Forte de ses compétences littéraires et de son oreille de musicienne elle écrit principalement en musique classique et littérature. Néanmoins, ses goûts musicaux l’amènent également à écrire sur le rock et la variété.

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