Pop / Rock
[Live Report] Pitchfork- jour 2 : La joie de vivre selon Bat for lashes

[Live Report] Pitchfork- jour 2 : La joie de vivre selon Bat for lashes

29 octobre 2016 | PAR Antoine Couder

Natasha Khan donne un show crépusculaire autour de son concept album The bride, l’histoire tragique d’une femme dont le mari décède sur la route qui le conduit à la cérémonie de mariage.

Recueillement. On était déjà dans l’ambiance, avec le set guitaristique d’Explosion in the Sky qui précédât celui de Bat for Lashes ce deuxième jour du Pitchfork festival parisien. Aux lamentations électriques un peu désuètes des Américains, Natasha opposait une longue robe rouge écarlate avec petit voile assorti et plongeait d’emblée dans l’univers mystique et littéraire de son dernier album sorti en juillet chez Warner. Difficile, mais pas impossible même s’il a fallu lutter dans la fosse pour oublier le flot montant des conversations. A plusieurs reprises, la chanteuse va parvenir à imposer sa veine folk et gothique qui irrigue son propos littéraire qui tourne autour de Kate Bush et d’Emily Brontë. Enregistré à Woodstock (Angleterre) où la chanteuse de 37 ans a senti flotter les présences de David Bowie et de Jimi Hendrix, le disque séduit d’abord – et c’est paradoxal- les garçons qui forment la moitié du public et dont plusieurs semblent interdits devant une performance que l’on imagine davantage se dérouler dans un cabinet de curiosités. Mais comment ose-t-elle, pense-t-on soudain. Thank you for listening répond-elle comme si elle parvenait à déceler les moindres de nos pensées.

Battement de cils rock. L’artiste dont le nom pourrait presque être « battement de cils » mais qui, en fait, évoque plutôt le mouvement d’aile d’une chauve-souris sort parfois de sa langueur plombante, en glissant quelques morceaux énergiques, un peu Badcave justement, revisitant les années 80 de l’Angleterre de son enfance. Elle a ainsi une façon bien à elle de retenir son chant en hachant une mélodie qui autrement partirait en marche royale, clairement romantique mais ici contrôlé par une batterie solide qui relève le propos de fifille en déroute pop. Quelques vieilles chansons relèvent tout de suite l’ambiance et donnent l’occasion de retrouver notre bonne vieille Bat : un peu de Siouxsie Sioux mais un cadre plus strictement rock et mélodique qui tient sa promesse d’un son friendly avec le XXIème siècle. Et toujours ces surprenantes vocalises en forme de hennissements …

Drôle d’endroit pour une veillée funèbre. Le hic, c’est que tout cela finit par être un peu long. On a beau être charmé par la plastique de Natasha et s’extasier devant son destin de petite star (brièvement institutrice, père pakistanais, joueur de squash),  le set donne l’impression de patiner dans la semoule comme si à chaque morceau, on repartait à zéro. C’est très beau mais c’est trop long. Au balcon VIP, on ne peut pas dire que le concert soit d’un intérêt primordial. Et d’ailleurs quelle drôle d’idée de proposer une musique qui s’écoute plutôt entre thés matcha et cannabis un vendredi soir à bientôt 23 heures ? Serait-ce pour le coup la tendance affichée de Pitchfork 2016 ; subtiles notes de désespoir et de dignité, noyées dans un flot d’indifférence ? La cover qu’elle lance pour conclure –lugubre à souhait-  ouvre sur quelque chose qui évoque la country music, pour son côté un peu mélancolique et traditionnel, et qui colle parfaitement à l’esprit anglais (peut-être même irlandais) de ce  Bride album . Bat for Lashes en réincarnation d’Emmylou Harris ? Attention à l’album de reprises en 2029, Natasha aura alors tout juste 50 ans …

Antoine Couder

Visuel : ©Pitchfork Music Festival Paris

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Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », sélectionnée pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Son travail explore le lien narratif entre document et fiction et plus particulièrement le thème de la musique, entendue au sens de l’écoute et de l’inspiration qu’elle procure. Il prépare actuellement une biographie de Jacques Higelin (Castor Astral, 2020)

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