Pop / Rock
[ Live Report ] Pitchfork- jour 1, La joie de vivre selon Parquet Courts

[ Live Report ] Pitchfork- jour 1, La joie de vivre selon Parquet Courts

28 octobre 2016 | PAR Antoine Couder

Premier poids lourd de la cuvée 2016, les copains rock’n roll de Brooklyn n’ont pas démérité et enchanté le début de soirée du Pitchfork festival.

Karaoké. On fait un petit tour par le Karaoké Koople (Mia ou LCD Soundsytem ?) et puis on se regroupe vite autour de la scène qui accueille Parquet Courts pour un set nerveux de 45 minutes. Ambiance idéale, ni trop, ni trop peu de public et pitch idéal : depuis 2010, la trajectoire de ces jeunes Américains fait le cross-over entre son indie hors-contrôle, imperméable aux propositions de synchro pour marque de luxe (on croise les doigts) et ouverture mainstream avec un nouvel et cinquième album publié par Rough-trade. Toujours sous influence du sous-texte de Pavement et de son leader Stephen Malkmus, Parquet Courts travaille à modifier ses mots clés pour les remplacer par ceux de Colin Newman et de Wire (1976-1979) qui, en effet, incarne également l’Adn du groupe.

Obsédés du manche. Sans aucun doute accro au punk, Parquet a produit quelques albums dans l’urgence avant de se voir prescrire par ce qui pourrait ressembler à un addictologue de studio d’enregistrement l’idée de faire décanter leurs chouettes bonnes idées et laisser leur second degré s’exprimer musicalement sur la longueur. Ce qui donne le Parquet Court de 2016 ; drôle et fiévreux, virtuose et sans véritable pause, joliment mis en scène par un jeu de lumières plein de malice. Les front-men guitaristes Andrew (Savage) et Austin (Brown)  se passent le micro et chantent chacun leur tour ce qui en soi est assez mignon, tandis que le bassiste Sean Yeaton apporte ce sautillement nonchalant et en ce sens très américain de ce vrai-faux laisser aller musical. Attention, la ligne est difficile à tenir et le risque de tomber dans la présentation catalogue du punk rock toujours possible; c’est d’ailleurs l’un des cauchemars préféré de Savage : être un jour considéré  comme un groupe de pastiche au son new yorkais  ou pire, australien : The Avalanches, en effets Fuzz.

Dear Ramona. Au fond, l’aventure de Parquet Courts relève moins d’un cross-over entre indie et mainstream (de la langue de bois marketing pour occuper le terrain du contenu) que d’un dangereux chassé –croisé entre virtuosité et brutalité, le premier pouvant dénaturer la puissance d’être du groupe tandis que le second –sans garde-fou- pousserait le son sur des chemins erratiques (façon Satanic majesties request  des Stones). Mais jusqu’ici, comme dirait l’autre  tout va bien.  Installé en étage et surplombant le groupe, on en profite pour mesurer les limites du multi-usages récréatif contemporain, le fait d’écouter de la musique live et d’envoyer des tweet en même temps ; absurde et maladroit le rock’n roll se définissant par son intensité et en ce sens interdisant presque totalement de faire autre chose sinon que d’être disponible pour lui. Comme si ce qui restait du punk était cette opposition frontale à la téléphonie mobile. En attendant, et si l’on compte bien, ils sont une petite dizaine à danser comme des dingues au milieu d’une foule impassible d’environ 500 personnes. Deux pour cent…

 Visuel : Pitchfork Music Festival Paris

Antoine Couder 

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Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », sélectionnée pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Son travail explore le lien narratif entre document et fiction et plus particulièrement le thème de la musique, entendue au sens de l’écoute et de l’inspiration qu’elle procure. Il prépare actuellement une biographie de Jacques Higelin (Castor Astral, 2020)

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