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[Live report] « Back to punk » à la Cigale : le talent des Traams, et la sublime tentative de Cheveu

[Live report] « Back to punk » à la Cigale : le talent des Traams, et la sublime tentative de Cheveu

12 octobre 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Hier soir, la Cigale a vibré. Pas comme on l’attendait. De retour au punk, que trouve-t-on ? L’essentiel : une dévastatrice énergie humaine. Sous une forme très inattendue. Explications.

La soirée se déroule dans le cadre du Festival d’Île-de-France. Dans la salle, pas une apparence punk en vue. C’est que la question n’est pas là : ce soir, on est venu retrouver l’énergie du rock punk. Pas de pâles copies des Sex Pistols et consorts. C’est Messer Chups qui ouvre le bal. Avec du charme, mais pas assez de personnalité. Basse et batterie creusent le même sillon, dégagent une énergie brute. Répètent un même motif sous diverses formes. Des cris d’animaux résonnent… C’est bien fait, mais… on se désintéresse… Trop rentrée, trop timide, cette prestation… On sait que le groupe est russe, et expérimental. Ce soir, il exécute son contrat, en déroulant un set faisant penser à du punk. L’ambiance est plantée, mais guère plus.

A 20h30, les très jeunes Traams entrent en scène. Les deux premières chansons sont un enchantement, qui rappelle les grandes heures des Smashing Pumpkins. « Cissa » et ses ruptures virtuoses, qui laissent constantes les notes répétées par basse et batterie ; « Flowers » et sa ligne de basse que ne renierait pas Billy Corgan… Ils joueront peu (une demi-heure) mais bien. La voix de Stuart Hopkins, bien inaudible, allant parfois jusqu’au cri ; les rythmes restant rapides, sommaires, et émaillés de solos énervés… Une prestation toute en rugissements, menée tête baissée.

Viennent ensuite les trois gars de Cheveu. Qui nous offrent d’abord trois morceaux rôdés, où une électro sautillante se mêle aux imprécations imbibées et aux cris de David Lemoine. Sympa. Les pogoteurs s’élancent. Mais juste délirant, quoi. Pas très provocateur…

Okay. Vous le prenez comme ça ? Accrochez-vous. Il y a un synthé et un pupitre, ce soir, derrière Cheveu… Ainsi que trente autres chevalets. Tout à coup, Maya Dunietz fait son entrée. Ce soir, elle est chef de cœur. Qui l’accompagne ? Sa trentaine de choristes, issus de deux ensembles. On n’en revient pas. Oui : ils ont travaillé les morceaux de Cheveu pour en chanter les notes, de toutes leurs forces.

Ce concert va nous offrir une éclatante définition des mots puissance et énergie. Jamais on n’a eu autant envie de chanter des airs qu’avec ces voix de choristes qui les scandent. Elles atteignent à l’incantatoire, les rengaines punk et sales de nos trois compères. « Polonia », « Like a dear in the headlights », et même « la fin au début », qui prend de belles couleurs… D’ailleurs, les pogos se sont arrêtés… Bon, ils reprendront, mais quand même… Sur « Albinos », il n’y aura plus de nuances, mais bon…

Une « tentative » ? Beaucoup pourront vous dire que ce soir, le son « était pourri ». C’est vrai. Il nous a donc poussés à nous accrocher aux voix, à les capter. Et à voir une émotion sublime nous traverser lors des moments où l’alchimie était parfaitement audible. Les « pam pam pam » de « Johnny Hurry up »… « Monsieur perrier », beau, le temps de quelques secondes, comme un chœur d’église… La rencontre était impensable : un groupe prisé des festivaliers déchaînés, et une chorale… Cheveu l’a fait. Punk is not dead. Punk is energy. Beautiful energy.

Visuel : © Geoffrey Nabavian

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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