Polars
Polars en Poche [2/2]

Polars en Poche [2/2]

12 octobre 2014 | PAR Audrey Chaix

Après un premier article pour vous parler des polars de la rentrée, Toute La Culture poursuit sa sélection parmi les nouveautés sorties en poche. Voici trois romans qui ont tous pour point commun de se passer aux Etats-Unis, que ce soit dans les années 1930, 1960 ou 1980… Preuve que le crime ne connaît jamais de répit et ne cesse jamais de fasciner les auteurs de romans policiers. 

Des voleurs comme nous, d’Edward Anderson

desvoleurscommenousTexas, dans les années 1930. Trois détenus en cavale enchaînent les braquages de banque tout en faisant profil bas pour ne pas se faire repérer. Anderson s’attache particulièrement à Bowie Bowers, le seul de la bande à s’être fait prendre pour meurtre, et pourtant le moins aguerri parce que s’il a tué un homme, c’est sans vraiment l’avoir prémédité.

Surtout, ce que nous montre Edward Anderson dans ce court roman, qui fut adapté au cinéma par Nicholas Ray en 1947 et par Robert Altman en 1973, c’est que pour certains déshérités de l’Amérique en crise de l’entre-deux-guerres, faire partie d’un gang, c’est en quelque sorte reconstruire le noyau familial dont ils sont privés. Quand il croise le chemin de la fille de l’un de leurs complices, Bowers tombe amoureux d’elle et l’emmène dans un petit lotissement typique de l’Amérique profonde pour s’y terrer comme un couple normal, recréant ainsi une petite vie tranquille à laquelle il aspire malgré les crimes qu’il commet régulièrement.

Avec beaucoup de tendresse et de lucidité dans l’écriture, Anderson retrace ainsi la triste épopée des petites frappes qui, dans les années 1930, tentaient de se faire une place au soleil, quitte à passer de l’autre côté de la loi. Un roman poignant, tombé depuis longtemps dans l’oubli et qu’il est bon de redécouvrir en poche.

Des voleurs comme nous, d’Edward Anderson. Editions Points. Traduit de l’anglais (américain) par Emanuèle de Lesseps. Paru le 18 septembre 2014. 240 p. Prix : 6,60 €.

Mauvaise Etoile, de R. J. Ellory

mauvaiseetoileMauvaise Etoile est un véritable coup de cœur. Dans le Texas des années 1960, deux frères adolescents que la vie n’a pas épargnés sont pris en otage par Earl Sheridan, un détraqué en cavale. Si Digger devient vite plus dangereux et plus assoiffé de sang que Sheridan, Clay, lui, se débat pour lutter contre sa mauvaise étoile et échapper au destin qui semble tout tracé. Car les forces de l’ordre sont persuadées que Clay est un dangereux criminel qui ne laisse aucune chance aux pauvres bougres qu’il croise sur sa route… alors que c’est son frère qui est coupable de toutes ces horreurs. Heureusement, un flic un peu plus malin que les autres, Cassidy, comprend les rudiments de la psychologie d’un assassin, et ce que les autres prennent pour argent comptant le rend dubitatif…

S’il faut un peu de temps pour s’installer dans le roman de R. J. Ellory, il est difficile de s’en détacher une fois l’intrigue bien mise en place. Car Mauvaise Etoile va au-delà de la simple histoire de cavale sanglante dans le Texas des années 1960 : Ellory campe quatre personnages remarquablement bien travaillés. Digger, le grand frère qui sombre dans une folie meurtrière parce qu’il veut qu’on le traite comme un adulte, est un psychopathe en puissance avant les grandes heures de la psychologie criminelle. Clay, de son côté, devient de plus en plus émouvant au fur et à mesure que le lecteur découvre ses dilemmes intérieurs, surtout à partir du moment où il rencontre Bailey, l’adolescente perdue après la mort de ses deux parents à quelques jours d’intervalle. Enfin, le quatrième coin de ce carré est Cassidy, le flic qui réfléchit un peu plus loin que le bout de son nez alors que la cavale de Digger sème la terreur sur la route d’El Paso.

Ainsi, Ellory signe ici un roman très sombre, mais constamment éclairé par des lueurs d’espoir alors qu’il explore les méandres de la psyché humaine pour mieux servir une intrigue qui, finalement, n’est que le prétexte pour mettre en scène des personnages profondément humains.

Mauvaise Etoile, de R. J. Ellory. Editions Le Livre de Poche. Traduit de l’anglais (américain) par Fabrice Pointeau. Paru le 01 octobre 2014. 600 p. 8,10 €.

Violation de domicile, de William Katz

9782253000556-T 1985, c’est l’été à New York. Dans le quartier tranquille du West Side, des jeunes femmes sont retrouvées assassinées dans leur appartement. Pas de traces d’effraction ni de blessures défensives : elles connaissaient visiblement leur agresseur. Au fur et à mesure que la tension monte, de nouvelles victimes sont retrouvées, sans que l’on arrive à trouver le lien qui les unit. Chargé de l’enquête, l’inspecteur Karlov cherche la réponse à cette question essentielle, qui lui donnera sûrement la clef de l’identité du meurtrier.

Publié pour la première fois en 1985, Violation de Domicile utilise avec brio les codes du polar new-yorkais : les victimes sont de jolies jeunes femmes, il fait chaud dans la Grosse Pomme, l’assassin pourrait être n’importe qui, les fausses pistes se multiplient… et surtout, la solution de l’énigme est tellement simple qu’elle n’est pas si facile que cela à identifier pour les enquêteurs. On pense bien sûr à Ed McBain et à ses enquêtes du 87e district en lisant Violation de Domicile : les deux auteurs font de la ville le personnage principal de leur roman, tant elle est indissociable de l’énigme qu’ils tissent pour leur lecteur.

Violation de domicile, de William Katz. Editions Le Livre de Poche. Traduit de l’anglais (américain) par Danielle Michel-Chich. Paru le 01 octobre 2014. 288 p. Prix : 6,90 €.

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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