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[Live report] Mac DeMarco, TOY, Temples et Cheveu à La Route du Rock

[Live report] Mac DeMarco, TOY, Temples et Cheveu à La Route du Rock

17 août 2014 | PAR Bastien Stisi

Dernière journée de La Route du Rock ce samedi, après les performances de Thee Oh Sees, Caribou et autres Darkside jeudi, et celles de Portishead, Liars et Moderat vendredi, avec, enfin, un Soleil très haut dans les cieux venu accompagner les performances contrastées de Mac DeMarco, de TOY, de Temples, de Cheveu, et des terminaisons électroniques proposées par Jamie XX et par le Norvégien Todd Terje.

Mais si la pluie a définitivement été écartée loin des sentiers encore bien boueux de La Route du Rock, le tonnerre demeure pour sa part encore bien présent. Il s’échappera en effet des guitares bien acérées des Perfect Pussy, menés par l’énergique et timbrée chanteuse Meredith Graves et par un groupe de garçons excités, qui introduisent la journée en exécutant de manière lapidaire leur premier véritable album Say Yes To Love. Et si Meredith porte une robe qui l’empêchera de gesticuler de manière convenable, on ne s’y trompera pas pour autant : il s’agit bien ici d’un punk ravageur, impulsif et parfaitement excessif, qui retrouvera d’ailleurs un semblant de logique esthétique lorsque le guitariste propulsera dans un élan impulsif sa guitare sur le sol… Le concert débute trop tôt pour mobiliser la même énergie que celle proposée la veille par les cousins canadiens de Metz, mais convaincra tout de même les amateurs du genre.

Mac DeMarco, Baxter Dury : le cool, le vide

Ceux-là, à n’en pas douter, seront moins sensibles à la performance proposée quelques instants plus tard sur la grande scène par le Montréalais Mac DeMarco, song-writter pop folk et foldingue qui retranscrit sur scène l’apparence baroque qui émane des vidéos loufoques circulant sur le web et qui ont largement contribué à façonner son étiquette de branleur talentueux et absolument cool. Le cool, petite erreur d’appréciation globale, se confond malheureusement ici avec le rien. Ou du moins, avec pas grand-chose de génial, tant le live de l’auteur de Salad Days sonne creux et convenu, le tout malgré l’énonciation de son tube au phrasé dohertien « Ode to Viceroy ». Les fans apprécieront. Les autres hurleront peut-être à l’escroquerie un tout petit peu trop branchée.

Vide, mais quand même détendu (le mec finira en slame dans la foule après avoir pris le soin de roter proprement dans le mirco…), ce que ne parviendra pas même à faire son successeur sur scène Baxter Dury, suffisant au possible et immensément plus convaincant en studio qu’en live malgré la sage récitation de ses belles comptines pop et new-wave (« Isabel », « Claire », « Pleasure », « Happy Soup ») et de la présentation de son prochain album à paraître à la rentrée. Excessivement dandy et minaudé, vocalement pas toujours au point, et globalement insupportable, le show du Londonien habitué de la Collection Hiver du festival (il y a déjà joué en 2006 et en 2012) déçoit autant qu’il agace, et renforcera notre envie, déjà prononcée, de nous précipiter à 22h sur la Scène des Remparts où se prépare le live de TOY, Anglais aux arsenaux shoegaze et aux guitares enfumées habilités à accumuler les nappes de guitares avec un objectif apparent : faire jouir sans emphase aucune les tympans des amateurs de rock noisy et psyché.

TOY, Temples : le psyché dans le rétro

Le show des jeunes Britanniques est linéaire, sobre, et impeccable (sans doute le meilleur de la journée) et terminera sur les injonctions plus pop de « Join The Dots », issu de leur second album du même nom. Et si les auteurs de « Left Myself Behind » et de « Motoring » conversent ici avec le langage de Sonic Youth, leurs successeurs sur la grande scène, dont les plus renseignés savent déjà qu’ils se nomment Temples et qu’ils ont fait paraître le très remarqué Sun Structures en fin d’année dernière, emprunteront plutôt à celui de T.Rex (pour les plus anciens) ou à celui de Tame Impala (pour les plus jeunes).

Et l’emprunt ne se fait pas ici seulement du côté du phrasé musical, revival assumé d’une pop psychédélique marquée seventies et hallucinations dans les esprits. On reprend le look, les coiffures et les manières androgynes des années qui faisaient remarquer que la guerre était une chose vilaine, et on exécute avec efficacité mais sans folie les morceaux déjà très entendus  (« Ankh », « The Golden Throne », « Prisms »), avec en guide d’apothéose tubesque l’envolée « Shelter Song ». Futile pastiche pour les uns, ingénieux cours d’histoire pour les autres, le live de Temples indiffère plus qu’il ne fascine malgré la qualité intrinsèque de ses acteurs, et précède celui de Cheveu, débuté à minuit passé sur la scène des Remparts.

Depuis son premier album éponyme paru en 2008, le trio bordelais (qui est donc l’unique groupe français présenté sur le complexe principal du festival cette année)  a pris l’habitude de parler de « shitgazing », résumant ainsi mieux que quiconque ce qu’implique sa musique : un bruyant mélange de post-punk synthétique aux lyrics contestato-orduriers, et un bordel généralisé qui donne aux représentations du groupe des allures de grande messe transcendée et follement épileptique. Et si leur dernier album Burn a accordé une place plus importante qu’auparavant aux mélodies, laissant à certains le soin de parler de mutation pop, pas question pour autant de tomber dans l’affreuse niaiserie FM. Alors, des accentuations métaleuses s’invitent aux débats, le bruitisme fait office de ligne mélodique, l’ingé son pousse le volume au point de rendre le tout inaudible et révulsif pour les tympans les plus fragiles, la folie s’empare des corps les plus imbibés de bière bon marché et de sensations possédées.

La soirée terminera avec ce qui demeurera sans doute comme les deux grosses interrogations de la programmation de cette Route du Rock édition 2014, à savoir la performance sans passion de Jamie XX (échappé de The XX, où il gérait les synthés et la boîte à rythmes), venu présenter les morceaux post-dubstep et uk garage qui composeront bientôt son premier album studio (« Girl », « Sleep Sound », « Far Nearer »), et puis celle, terminale, du Norvégien barbu Todd Terje, défenseur grâce à son It’s Album Time d’un renouveau disco (du Nord) pas forcément adapté à l’idéologie habituellement revendiquée par le festival.

Et parce qu’une faute avouée est une faute à demi pardonnée (les organisateurs reconnaissent vouloir attirer sur les plaines terreuses de Saint-Malo un public plus élargi qu’auparavant), on notera une nouvelle fois la qualité globalement irréprochable d’un festival porté par une demi-douzaine de concerts mémorables (ceux de Darkside, de Slowdive, de Metz, de Moderat, de TOY), et qui aura regroupé, selon les premiers chiffres annoncés en conférence de presse, plus de 26 000 personnes accumulées sur l’ensemble des quatre journées, avec un pic d’audience absolu sur le troisième jour (la venue de Portishead n’y est évidemment pas étrangère).

Niveau organisation, par contre, les avis sont naturellement bien plus contrastés : entre les problèmes récurrents de navettes (que certains auront attendu parfois durant 3 heures…), la qualité déplorable des terrains (et notamment celui du camping), les flaques immenses dispersées ça et là sur le devant des deux scènes et jamais réellement réparées, et les instants d’attente parfois vraiment conséquents entre deux concerts (une heure d’attente entre 2 et 3h du matin, c’est franchement limite), on arrive à une accumulation dommageable de facteurs qui auront lassé, si ce n’est franchement agacé, un bon nombre de festivaliers croisés dans les environs. À l’année prochaine, mais avec une rigueur pas simplement axée sur la programmation ?

Visuel : © Robert Gil

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

2 thoughts on “[Live report] Mac DeMarco, TOY, Temples et Cheveu à La Route du Rock”

Commentaire(s)

  • pablo

    quelques fautes dans les titres de certains artistes dans ton report , laissant planer un manque de professionnalisme lol quoi
    c est vrai que la boue partout partout les 2 premiers jours , les queues à l entrée , pour les bracelets, pour les jetons, pour les navettes, le trajet vendredi 18h d’ailleurs de la gare sncf au fort a pris 1h30… faisant louper les débuts de journée etc etc…Vivement un vrai professionnalisme dans l ‘ organisation et dans les reports de ce superbe festival quand même :-)

    août 18, 2014 at 0 h 24 min
  • Bastien Stisi
    Bastien Stisi

    Ah oui, « Happy Sound » au lieu de « Happy Soup », la coquille classique après trois jours de festival et 12 heures de sommeil en 3 jours !

    août 18, 2014 at 9 h 17 min

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