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[Interview] Ariane Moffatt : « Etre une mère et créer, c’est ça le sujet »

[Interview] Ariane Moffatt : « Etre une mère et créer, c’est ça le sujet »

06 octobre 2015 | PAR Yaël Hirsch

Heureuse maman de deux jumeaux, la chanteuse québécoise Ariane Moffatt s’est remise à composer des chansons à la nuit tombée. A partir de 22h22 exactement, heure à laquelle les deux anges dormaient. C’est sous ce titre à l’ombre des horloges en fleurs qu’Ariane Moffatt livre son album le plus intime. Rencontre lors du lancement du disque et avant le début d’une tournée européenne qui passe par la gaité lyrique le 10 décembre 2015.

22h22, c’est sûr que c’est une horaire de maman ? Ça n’a pas commencé avant l’arrivée de vos enfants l’obsession de ce moment là ?
C’est sûr, je ne suis pas tellement du type ésotérique à voir des signes partout mais j’ai trouvé que c’était un symbole, la porte d’entrée vers tout l’album. 22H22 c’est le moment où j’étais encore à la maison avec les bébés mais ils étaient endormis à cette heure-là. J’avais les antennes allumées pour trouver des pistes d’ouverture de mon prochain album. J’errais dans la maison pour trouver, un peu, mon espace intérieur de création et je suis tombée là-dessus. Ça m’est apparu comme le 2 des jumeaux, le 2 du couple, l’entre 2 de du jour et de la nuit. Je vivais un moment où le sommeil était précieux. Et toute cette évocation là, de brume, de rêve, m’est apparue comme le concept de ce que j’avais envie d’exprimer. Alors, je n’écrivais peut être pas à 22H22 mais ça a été ça le déclencheur.

Dans le premier clip, il y a une très jolie chorégraphie, il y a quelque chose de très personnel et en même temps, je me disais que le corps était beaucoup moins présent dans cet album que dans le précédent.
C’est drôle, parce que dans le fond, dans les quatre premiers albums, sans vraiment m’en rendre compte, j’ai fait les quatre éléments: l’eau de l’Aquanaute, la terre, les autres étaient plus aériens et le feu avec Ma. Avec celui là, je pars dans une autre dimension que je n’avais pas encore explorée. Pour ce clip, j’ai donné carte blanche au couple Julien Vallée & Eve Duhamel qui ont une identité artistique hyper forte et personnelle. Ils ont amené une dimension plus abstraite à la chanson qui est très terre a terre. Ils ont réussi à y ajouter une symbolique d’un autre niveau et sont venus complémenter la chanson. Ils m ont montré le clip et j’ai fait waouh : c’était évocateur, abstrait, sublime.

C’est une déclaration d’amour, cette chanson ?
C’est une ode au couple. C’est moins sexy, vendeur, de parler des couples qui fonctionnent. C’est plus facile de chanter des chansons sur l’amour perdu. L’amour qui nous fait mal. C’est une ode au fait qu’il reste de l’intensité, beaucoup de vitalité dans un couple qui travaille pour rester ensemble. Pour tous les couples qui galèrent.

Ce qui file dans cet album, c’est le temps. Ça glisse, ça s’envole de partout, de sous les doigts, de sous la voix …
C’est la digestion de la maternité. Il y a la conscience de la vie et de la mort, c’est la première fois que je l’ai vu si concrètement, que j’ai autant réfléchi. La finalité, le temps qui passe, regarder en arrière. Les années ou on se forge sont derrière moi, j’ai subi une sorte de mutation.

Est-ce qu’il y a des artistes qui vous ont inspiré ? Par exemple les artistes femmes qui sont devenues maman et qui en ont parlé ?
C’est drôle parce qu’il y a plein d’artistes qui ont des enfants mais n’y voient pas forcément une thématique d’album. Au Québec, il y a eu un documentaire qui parlait d’artistes qui ont eu à cohabiter avec la maternité. Etre une mère et créer, c’était ça le sujet. J’étais enceinte quand je l’ai vu, ça avait l’air difficile d’être à la fois une artiste et une mère en même temps. Quand t’en attends deux en même temps, t’as l’impression que, ça y est, tu vas devoir toute ta vie t occuper d’un bambin parce-qu’ il n y plus de place pour autre chose. Ça fait un petit peu peur? Je m’inspire de toutes les femmes qui arrivent à le faire mais en fait ça va. Ça fait deux ans que mes enfants sont nés. Et cette année, je reprends la route, ça va être plus intense.

Pourquoi tout en français pour cet album-ci ? Était- ce un principe dès le début ?
Ce que je vivais, je ne pouvais pas l’écrire dans une autre langue que ma langue maternelle. L’exception c’est plus l’album « ma ». Tous mes autres albums sont en français mais j’avais l’impression, après « ma » que je devais revenir à ma langue maternelle pour exprimer des choses plus intimes.

J’en reviens aux rêves, à l’utilisation de l’électro qui est plus berçante, rêveuse. C’est vous qui imaginez les chansons comme ça ou vous travaillez avec les arrangements ?
A la base, j’avais une ligne de conduite : quand j’ai présenté les chansons au co-réalisateur. J’avais l’idée de quelque chose de New Wave, je voulais dès le début quelque chose d’un petit peu kitsch, un peu seventies.

Comment passez vous d’un album aussi intimiste au show qu’il va inspirer sur scène ?
C’est une bonne question ! J’ai trouvé ça dur d’assimiler pleinement le truc. Souvent dans mes shows, c’est énergique. Mais pour 22h22, j’avais envie d’être dans un cocon. Du coup, j’ai fait appel à une metteur en scène, pour la première fois. C’est Marie Brassard, une dramaturge québécoise. On s’enrobe de l’ambiance de l’album et puis a un moment, ça explose quand même. J’ai embrassé cette ambiance de douceur là. Il y a un piano sur scène, on est quatre, c’est très électro. Mais on chante aussi des chansons du dernier album et celles qui m’ont fait connaître.

Diriez-vous que le public parisien vous connaît bien?
C’est vraiment un autre truc dans ma tête quand j’arrive ici. Je reste un peu une « nouvelle artiste » alors qu’au Québec, j’ai tout de suite eu un succès assez fort. Mais en France, on a une petite crowd de fidèles qui nous suit. Au fil du temps, je me suis crée un noyau resserré de fans.
visuel : photo

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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