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[Chronique] « Childhood Home » de Ben et Ellen Harper : unis, à sang pour sang

[Chronique] « Childhood Home » de Ben et Ellen Harper : unis, à sang pour sang

29 avril 2014 | PAR Arnaud Berreby

Ben Harper et sa mère Ellen ont créé un album intimiste, Childhood Home, car il évoque essentiellement l’intime. La maison, ce tabernacle familial qui les a habité autant qu’ils l’ont habité, sert de cadre au récit de leur vécu intérieur.

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Après toutes ces années au loin, retour donc au foyer centripète, bouillonnant et matriciel, dont les murs maculés de chaux suintent encore certains soirs de jais, en lune endeuillée dans le caniveau, un Blues torride en noble compagnie des fantômes bien vivants, vigilants et hilares, ordonnés en une cohorte déguenillée. Et chanter la peine pour mieux la transcender, les joies à sublimer. Extension du domaine de la Folk. Dialogue familial à deux voix. Tradition orale revisitée d’une mère et de son fils, deux points de vue qui s’enlacent en contrepoint, écho et canon.

Deux phares irradiants en miroir l’un l’autre, mais une seule boussole non oscillante car bridée, comme figée désormais sur le sud, annulant de ce fait les lois du champ magnétique. Et ces gens-là culminent bien au pinacle de leur art, proposant une musique cardinale, référencée et  exclusivement acoustique.

Ben chante  les rivières alluvionnaires qui irriguèrent son enfance chavirée.
Il ouvre l’album sur A House Is A Home : « Une maison est un foyer même lorsqu’elle est pleine de fantômes / Même lorsque vous vous devez de la quitter. »

Son chant rappelle un Dylan première époque, un Springsteen des seventies mais en plus assagi, apaisé.
Ellen, quant à elle, parle de ses difficultés de mère célibataire. Elle tient un magasin d’instruments de musique. Ben la retrouve là bas tous les jours après l’école, se délectant des notes multicolores qui l’entourent et qui forgeront son univers.

Dans Antar Of Love, Ellen évoque cet instant terrible quand le mari aimé lui annonce qu’il la quitte pour une autre. Jeune. Plus jeune en tout cas. Belle. Pas encore mémère. Il y a le temps. Compiler alors ses rides crasses en un compte à rebours fatal, prenant sa belle âme cabossée à témoin. Ben, sage parmi les sages, trouve pourtant les ressources pour proposer le titre Pain And Pleasure », dédié à son père alcoolique.

Ellen versus Ben. Ce dernier a récemment déclaré : « J’ai toujours pensé au foyer comme quelque chose que vous commenciez par fuir puis comme ce que vous cherchiez éperdument à regagner ». Ou quand les montagnes finissent tout de même par se rencontrer. Grandir à l’ombre des géants. Et d’une géante. Le sel de la terre. Géant.

Ellen et Ben Harper seront  en concert à Paris aux Folies Bergère du 17 au 19 mai.

Ellen et Ben Harper, Childood Home, 2014, Prestige Folklore / Universal

Visuel : (c) pochette de Childood Home de Ben et Ellen Harper

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