Musique

Philharmonie de Paris, Passages de Phlip Glass & Ravi Shankar

Philharmonie de Paris, Passages de Phlip Glass & Ravi Shankar

20 mai 2019 | PAR Didier Duplenne

La Philharmonie clôture avec brio le week-end consacré à Philip Glass par Passages, une suite co-écrite avec Ravi Shankar.

 

Passages, composé en 1990 en collaboration avec le grand musicien indien, est une commande d’un label européen. L’album est produit à distance : Ravi Shankar travaille en Inde, Glass depuis New York, on pourrait craindre l’artifice. Mais les deux compositeurs se connaissent bien, et depuis longtemps : dans les années 60 alors qu’il vit en France pour étudier avec Nadia Boulanger, Glass est recommandé à Shankar pour l’assister dans l’enregistrement d’une musique de film (noter la musique indienne pour les musiciens occidentaux, tâche ardue). Très impressionné par la découverte de la musique indienne, il partira ensuite pour un long voyage dans le sous-continent. Son œuvre en sera irrémédiablement impactée (cf Paroles sans Musique, son autobiographie publiée en 2017).

Passages alterne mélodies de Glass arrangées par Shankar, de Shankar arrangées par Glass et morceaux composés seul. Ici, sur scène, un orchestre occidental (l’Orchestre de Chambre de Paris dirigé pieds nus par Karen Kamensek) et un ensemble classique indien (sitars, sarod, tabla, flûte..) jouent côte à côte. Musique contemporaine et raga se répondent et se mêlent, entre concerto et battle.

Anoushka Shankar, la fille du compositeur est soliste au sitar et reprend avec maestria la partition créée par son père. Glass, ému, dit retrouver la posture et la façon de jouer de son ami disparu en 2012.

S’il nous a semblé percevoir un emballement un peu incontrôlé lors d’une partie difficile de ‘Meetings along the edge’, ce fut vite rattrapé par l’énergie et l’habileté des solistes. Silencieuse entre les premiers morceaux, la salle, gagnée par le rythme et réalisant qu’il ne s’agit pas de ‘mouvements’ applaudit avec enthousiasme, comme à un concert de jazz.

Cette œuvre étrange et hybride, conçue en studio et à distance, Glass révéla lors du très bel entretien mené par Marc Cardonnel juste avant le concert, qu’il l’entendait en fait en intégralité et en live pour la première fois !

Celui qui fut à ses débuts un compositeur savant et pour certains abscons est resté un musicien formidablement innovateur, mais il est aussi devenu un musicien populaire. Standing ovation, rappels, ce fut une soirée magnifique.

Et bonne nouvelle, la Philharmonie de Paris a déjà programmé pour décembre la spectaculaire trilogie des ‘Qatsi’, les films réalisés entre 1981 et 2002 par Godfrey Reggio dont la bande-son de Glass est partie intégrante. Le Philip Glass Ensemble sera alors dirigé par Michael Riesman, son chef historique.

*Paroles sans musique. Philip Glass (né en 1937). La rue musicale, label de la Cité de la Musique-Philharmonie de Paris. 384 p. 26€

Visuel : ©DD

Ressortie DVD « Fin août, début septembre » : une chronique amicale et amoureuse par Olivier Assayas
Cannes 2019, compétition : un « Portrait de la jeune fille en feu » sensible mais un rien empesé
Didier Duplenne

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *