Jazz
[Live report] Jazz sous les Pommiers 31/05 : Brad Meldhau, Anoushka Shankar, Chassol, Jean-Pierre Como.

[Live report] Jazz sous les Pommiers 31/05 : Brad Meldhau, Anoushka Shankar, Chassol, Jean-Pierre Como.

01 juin 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam


Ce samedi 31 mai marquait la clôture de la 33e édition du festival Jazz sous les Pommiers, une édition « record », nous y reviendrons. Mais pour lors, retour sur une dernière journée éblouissante.

15H15- Brad Mehldau, virtuose

Si le pianiste n’a pas sorti de disque depuis 2011 et son Live in Marciac , sa venue à Coutances était perçue comme un cadeau. Déjà présent en 2010, il avait laissé le souvenir d’un concert duo sublime. C’est en solo qu’il est apparu au Théâtre Municipal. Brad, il est comme ça : jean, basket, chemise marron. Il dit à peine bonjour, semble être dévoré par la timidité, minuscule devant son immense piano. Il s’assoit, se courbe, crispe tout son corps et libère les mains. Le toucher est là, reconnaissable absolument. Sa signature vient chercher le métallique dans les noires et les La et les Si. Il offre des lignes directrices accidentées par des rythmes sombres qui même quand il se font légers restent en apesanteur. Il fait ça Brad, il suspend, le temps, la réalité. Il cherche le beau, le son parfait, l’inouï, tout cela sans faire de vague. Son set se fait impeccable, troublant de génie et de virtuosité. Il manie avec excellence les ritournelles et les boucles. Il nous livre ainsi toutes ses émotions. Magistral.

17h-Anoushka Shankar-Solaire

A 33 ans, la jeune femme a dejà une discographie impressionnante, elle compte sept albums, dont le premier, Anoushka est sorti en 1998, et le dernier, Traces of you en 2013 chez Deutsche Grammophone. Elle ne s’en cache pas, alors écrivons-le, elle est la fille de Ravi Shankar, la sœur de Nora Jones. A la mort de son père en 2012, elle s’émancipe et quitte légèrement la musique traditionnelle indienne pour aller vers un jazz fusion. Sur scène, elle est solaire, assise en tailleur, la Sitar grandiose dans ses mains. Elle est entourée de musiciens mixant ses cultures indiennes et anglaises : violoncelles, tablas, piano, hang, batterie, shehnai ( flûte au bout conique). Elle est assise sur un patchwork, des fleurs jonchent le sol, et l’énergie se diffuse. Même si elle tente de s’en défaire, sa musique reste très empreinte de classicisme religieux et c’est bien quand elle joue ces musiques-là qu’elle atteint une finesse et une sensibilité peu présentes dans ses autres titres teintés pop-world. Certains titres joués sur scène font partie de l’album Traces of, écris en plein deuil, il y a dans sa musique un aspect cathartique évident. Anousjka n’est pas encore totalement libre de jouer sa propre musique, mais la lumière est proche. Réjouissant.

20h- Chassol : l’avant garde
Chassol, Chassol, Chassol on vous en a parlé , et là, à la rédaction on a beau être fan, nous n’avions pas encore la chance de voir «en vrai », son projet Indiamore. Chose réparée et on est pas déçus.
Brillant, génial, tous les superlatifs sont là et ne suffisent pas. Christophe Chassol est dans le milieu depuis 1994, mais comme compositeur et chef d’orchestre. C’est seulement en 2012 qu’il sort chez Tricatel X-Pianos et en 2013 Indiamore qui est surtout un spectacle.
Chassol transmet, il nous offre son regard sur l’Inde par un biais aussi original que pertinent. En compagnie du batteur Laurence Clace, il joue la musique d’un film. Ok, déjà vu direz vous , le cinéma muet a déjà fait ça. Non, non, rien à voir. Ici, lla methode s’appelle l’ultrascore, les images sont samplées, redécoupées sans perdre en narration. Les musiciens interragissent, ajoutent ou laissent faire en accompagnant Indiamore d’une tessiture funk-jazz à la Joe Sample.Imaginez les Crusader’s en balade sur le Gange. Le film se compose de quatre parties qui d’une chanson à un cours de danse en passant par des prières nous permet d’entrer exactement dans la structure de la musique indienne.
Programmé dans la foulée d’Anouska, le spectacle de Chassol arrivait dans une parfaite cohérence. Nous entrons dans le ton et les intervalles, nous comprenons, nous voyagons.
http://toutelaculture.com/musique/jazz/live-report-jazz-sous-les-pommiers-3105-brad-meldhau-anoushka-shankar-chassol-jean-pierre-como/

22h45 : Jean-Pierre Como : boléro !

Nous prêtons ensuite une oreille au quartet de Jean-Pierre Combo que nous devons quitter pour rejoindre la conférence de presse de clôture. Trois morceaux seulement nous ont permis d’entrer très rapidement dans ce beau projet qui se nomme « Bolero » et qui nous aura fait passer de l’Inde à l’Argentine. Le set commence avec Jour de fête au rythme trépidant avant de glisser dans un boléro sublime de pureté et de profondeur. On quitte la salle sur un tango. Bolero est sorti en 2013 chez L’âme sœur.

00h30 /1h : Bixiga 70, The Headbangers et Don Mescal
La nuit se terminera tôt pour nous, ni séduits par le manque d’unisson des onze brésiliens de Bixiga 70, très festifs au demeurant, et encore moins par la fusion jazz-rock de The Headbangers. On laisse la piste de la cave des Unelles se remplir doucement alors que le dj set de Don Mescal commence. Nous on rentre nous coucher.

A l’année prochaine Coutances !

Visuel : Chassol : © Marich Devise

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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