Musique
Denise King et Olivier Hutman : live au Duc des Lombards les 6 et 7 juin

Denise King et Olivier Hutman : live au Duc des Lombards les 6 et 7 juin

24 mai 2011 | PAR Pascal

Le 28 avril est sorti l’album No Tricks, issu de la collaboration de Denise King, chanteuse de jazz de Philadelphie, et Olivier Hutman, pianiste parisien et néanmoins international de tempérament et de tempo. Album cardiaque et charnel, sans fard, sans faux-semblants, dans le ton et dans la peau  en prise directe avec l’essentiel de la culture, celle de la liberté sans ego.

Si la voix de Denise King est d’une surprenante chaleur mêlée de rhythm’n’blues, de soul et de la classe des divas du jazz sans en avoir les caprices, Olivier Hutman l’habille avec génie et mesure comme un couturier de l’avenue Montaigne, dans l’univers de l’élégance absolue de l’homme qui aime les femmes, les accompagne de son toucher précis sans cette grandiloquence technique d’un pseudo héros de devant de scène.

Si le jazz a souvent pu être interprété comme une affaire d’ego et de références – mais quelle culture ne l’est pas ? – les compositions et les arrangements de notre pianiste ont la mesure chantante et jamais lassante d’un inventif précis dont la légèreté du toucher réunit avec une passion sensuelle et pudique le nacre et l’ébène dans l’aura de Maître Herbie Hancock, car le jazz, bien plus qu’une attitude, est une volonté, celle de la liberté, référencée, au nom de tous les saints. Quoi de plus excitant ?

Première écoute. « No Tricks », le morceau qui donne le nom de l’album. Le piano est juste, immédiatement dans le tempo, sans flagornerie, sans far, sans masque (no tricks, in english), pop comme un gimmick souple et chaloupé époque Maiden Voyage avec une partie rythmique d’un swing inconditionnel issu du territoire funk et soul, ce talent de la frappe sur le cercle de la caisse claire donnant immédiatement la dimension soul d’un titre mode Dionne Warwick. Oh Lord, un single ! Un single dans ce monde que l’on a souvent dédié à l’hermétisme. Une graine de finesse que l’on hante et qui nous met immédiatement de bonne humeur avec la saveur d’un Joe Sample déclamant son amour à Cindy Crawford dans le cultissime Street Life (The Crusaders) ou Bill Withers et Richard Tee dans l’érotisme insolent de « Just the Two of Us ». Le fruit de la simplicité du jeu s’exprime non seulement dans le répertoire harmonique et les compétences techniques, mais dans cette touche magique et qualifiée de mystique. Il n’y a que dans cette culture de la musique jazz que l’on entend l’écoute de l’autre. Sur ce plan, Olivier est un maître et si son trio exulte dans cette révélation de la pudeur du compositeur et accompagnateur, l’ensemble

des compositions et des standards de blues ou des reprises de Miles Davis rayonne par leur efficacité, le tact existentiel du metteur en scène musical qui offre à sa partenaire l’énergie de l’amour.

Les frottements sont dans le timbre, ainsi que l’opportunité de se déposer, de déposer sa voix dans le confort d’une juste mesure permettant l’explosion des cadres, première source de créativité. Miss King y est à l’aise, on le sent dans son exploration des morceaux où l’aisance de son chant donne le bon goût d’un swing fin en bouche qui appelle notre sensibilité comme un grand cru de Bordeaux. Aucun faute de goût et le timing court des titres ne fait qu’augmenter le plaisir, celui d’une suite solaire dans laquelle on n’est pas obligé de connaître les adjuvants chimiques de carotène pour profiter du soleil et s’en protéger à la fois.

Premier album issu de la coopération entre Denise King et Olivier Hutman , No Tricks est un concentré de sensualité et d’énergie qui signe la fin d’une tournée européenne 2010 et une amitié entre les deux artistes longue de dix ans. Olivier Hutman a décidé de faire appel à deux musiciens avec qui il a déjà joué souvent en trio et en petite formation : Darryl Hall et Steve Williams. Le batteur Steve Williams, très apprécié des vocalistes (il a travaillé plus de 25 ans avec la grande Shirley Horn) était depuis le début, le choix idéal. Olivier Hutman et lui se sont rencontrés à l’occasion de l’enregistrement new-yorkais du projet du batteur où figurent également le trompettiste Roy Hargrove et le saxophoniste Gary Bartz. le choix du contrebassiste Darryl Hall, fort d’une expérience considérable avec à peu près tout le gotha du jazz et natif de Philadelphie, comme Denise King avec qui il s’est déjà souvent produit aux USA s’est également imposé comme une évidence. Et pour apporter une couleur supplémentaire à la formule magique du trio, Denise King et Olivier Hutman ont tout naturellement pensé au saxophone d’Olivier Témime, très tôt immergé dans la « Great Black Music » en compagnie du saxophoniste Johnny Griffin qui en avait fait son protégé et complice sur scène dans les dix dernières années de sa riche vie musicale.

Etre jazzman est un choix. Etre jazzman, c’est entrer dans une culture exigeante, celle de dévoiler sa pudeur, de faire entendre sa compétence à la liberté dans l’improvisation, de se soustraire à la notion de durée – ce qu’on pourrait lui reprocher – de s’exposer à une lecture visitée et revisitée des partitions, à des signes et des codes parfois hermétiques, clos, celle du choix de la performance toujours renouvelée en fonction du lieu, du public, de l’environnement, du choix de ses compagnons dont la mission serait de vous mettre tant face à vos doutes, que vos compétences pour les surmonter et offrir, saisi, un moment jamais reproductible mais inscrit. Si d’aucuns peuvent affirmer qu’il est également une affaire de plombiers américains, juifs, noirs hautement qualifiés, il n’en a pas moins cette fabuleuse possibilité de confrontation à l’autre qui si, elle n’est pas harmonique, devient un mauvais catéchisme, incarné comme un ongle.

Ce pouvoir unique du « moment à capter » rend l’enregistrement discographique émérite. L’écriture devient un art et l’enregistrement une prouesse, qui plus est, se faisant dans des conditions de temps et de finances rapides eu égard au rock et à la pop qui peuvent prendre un temps en « chambre » et en studio infinis derrière ses boutons. L’aventure jazz est une affaire de langage, de syntaxe dans l’objectif d’une littérature romanesque donc chaque tome ne fonctionnerait qu’avec un jeu d’acteurs toujours au meilleur de leur art sans concession faisant une lecture publique en cherchant à la dominer pour mieux la transcender et dévoiler sa personnalité.

Maestria des compositions d’Olivier Hutman qu’il faut saluer ici pour cet art du son et de la présence aux côtés de sa compagne de chant, sa compagne de composition (son épouse), ses compagnons de jeu et son label Cristal Records, remarquable qui lui donne l’occasion de réaliser l’album le plus juste, le plus frais, le plus toutelaculture de l’année. Aussi, lui décerné-je le toutelaculutre d’or du jazz pour l’album le plus achevé de l’année.

 

 

Pascal Szulc

Denise King & Olivier Hutman Trio, No Tricks, éd. Cristal records, distribution Harmonia Mundi.

Denise King (Chant)
Olivier Hutman (Piano)
Olivier Témime (Saxophone Ténor)
Michel Rosciglione (Contrebasse)
Charles Benarroch (Batterie)

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