Musique

« L’Odyssée du Rock français », de Loïc Picaud

27 février 2010 | PAR Mikaël Faujour

Rédigé par le rédacteur en chef de Music Story, ce court mais dense bouquin retrace l’histoire du rock en France, riche de ses particularités vernaculaires, dont l’auteur rend compte, à rebours de l’idée reçue d’un pays pas fait pour le rock.

Journaliste musical et collectionneur de disques, Loïc Picaud est un authentique passionné de musique. Cette passion lui a valu d’être l’auteur de plusieurs livres, dont une recommandable monographie de David Bowie en 2007, et de devenir le rédac chef de l’encyclopédie musicale en ligne Music-Story.com, pendant francophone à l’incontournable AllMusic.com américain.

Les 50 ans du rock’n’roll avaient été célébrés en 2004. Les 50 ans du rock de chez nous ne l’ont pas vraiment été en 2006. Ce livre est donc bienvenu, qui offre un panorama sélectif assez vaste de l’histoire française du rock.

De sa naissance, en façon de plaisanterie de jazzmen (Michel Legrand, Boris Vian, Henri Salvador) en 1956, jusqu’à sa pleine maturité et diversité actuelle, en passant par le rock progressif ou le punk, les tendances majeures du rock français sont documentées. Avec l’inclination à l’exhaustivité qui caractérise souvent les passionnés, Loïc Picaud cite des noms à la pelle, des incontournables stars du rock français (de l’évident Johnny Hallyday au singulier Alain Bashung) en passant par les comètes punk ou post-punk et jusqu’aux plus obscurs interprètes d’un seul single ou album, qu’il dépoussière et invite à découvrir.

La richesse du rock à la française apparaît dans toute sa diversité, venant à l’encontre de l’idée commune d’un pays  et d’une langue pas faits pour le rock. Une des caractéristiques dont rend compte l’auteur est ce métissage rock/chanson à textes qui débute à la fin des années 60 (Dutronc, Polnareff, Ferré, Gainsbourg, Ferrer…), qui met un terme aux neuneuseries yéyé/rock’n’roll antécédentes, souvent sirupeuses de romance. Sans doute cela caractérise-t-il en bonne partie le rock français et les attentes du public qui, au pays de Brassens, reste peu enclin à laisser passer des paroles niaiseuses.

En si peu de pages (143 pages, abondamment illustrées), il est bien évident que l’auteur ne pouvait entrer dans tous les détails sociologiques et hisrtoriques, ce qui ne l’empêche pas d’égrener quelques anecdotes piquantes – le phénomène des blousons noirs, la rivalité des fans des Chaussettes Noires d’Eddy Mitchell et de ceux des Chats Sauvages de Dick Rivers ; les collaborations avec des artistes internationaux (et celle qui faillit se faire entre Hendrix et Ferré…) ; les Bérurier Noir soupçonnés d’activisme en accointance avec Action Directe ; etc.

Le résultat est un bouquin sinon passionnant, à tout le moins très vivement incitatif, riche de discographies, de noms d’artistes, d’invitations à découvrir des injustement oubliés. L’auteur rend justice aussi à des albums décriés à l’époque pour leur bizarrerie, leur allure d’ovni, et qui méritent d’être écoutés… voire carrément réédités en CD.

On pourra faire la fine bouche et regretter que certains noms aient été écartés (les expérimentateurs d’Art Zoyd, les hardos de deuxième division Vulcain, les remarquables tenants d’un post-rock bruitiste Bästard, les bizarroïdes Ulan Bator, les brillants Jack the Ripper, les indus-metalleux de Treponem Pal à la réputation internationale, les sombres Hurleurs, ou surtout les plus évidents – car couronné de succès – Luke, Eiffel et Déportivo), mais l’ambition n’était pas encyclopédique, comme le précise l’avant-propos. Et d’ailleurs, sans cela, Loïc Picaud présente tout de même un panorama très riche, des racines du rock français jusqu’à aujourd’hui, lançant même des paris sur l’avenir. Un livre très conseillable.

L’Odyssée du rock français, Loïc Picaud, coll. dir. par Gilles Verlant, éd. Fetjaine, 24,90€.

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Mikaël Faujour

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