Cinema

Tatarak d’Andrzej Wajda

28 février 2010 | PAR Coline Crance

Tatarak,sorti le 17 février 2010, est le dernier film d’Andrzej Wajda. Il nous entraîne cette fois-ci dans une superbe ballade méditative sur la vie et la mort …

Tout est suggéré dans ce très beau dernier film de Andrzej Wajda… Largement inspiré de la nouvelle de Iwaszkiewicz « Tatarak » , il mêle à cette nouvelle, le journal intime de son actrice principale Krystyna Janda relatant les derniers jours de son mari atteint d’un cancer. Andrzej Wajda réalise un film de peintre avec ce double portrait de femme. Face à cette chambre imprégnée d’une couleur verte blafarde, digne d’un tableau d’Edward Hopper, où Krystyna Janda sous le regard d’une caméra immobile interprète sans ciller sa propre vie, s’oppose les bois verts de la nouvelle de Iwaszkiewicz. Créant cette frontière poreuse entre une mort déjà vécue et représentée dans la chambre de Krystyna Janda et une mort annoncée mais crainte, qui oscille entre la désespérance et la vie, Andrzej Wajda livre un film lumineux. Couleurs et lumières sont primordiales dans ce film pour révéler cette invisible , cette mort rampante ou par l’utilisation du clair obscur dans la chambre de Krystyna Janda, cette vie déjà ternie.

En orchestrant cette polyphonie de voix et de couleurs, Wajda annexe au cinéma ses deux récits. Il filme cette nature éclairée par l’art où la nature confirme l’art en révélant l’indicible. La mort en devient belle, se mêlant intimement et irrévocablement avec le vivant. Une porte s’ouvre sur la chambre des deux enfants de l’héroïne, disparus pendant la guerre, blasphémant ainsi le sacré de cette mémoire… Mais dès que la porte se ferme, le souvenir revient sous la forme d’un ballon rebondissant dans cette triste chambre… Les souvenirs sont indubitablement toujours là, ils se promènent entre l’amour et la mort, au fil de cette rivière dangereusement attirante… Reflet de la vie et de la mort, ils s’incarnent dans le personnage de Bogus, jeune homme plein d’avenir, dont la beauté se révèle et disparaît dans les lumières de l’eau ..

Ballade crépusculaire donc, d’un été annoncé, muée toutefois par une profonde espérance de vivre malgré l’absence, Andrzej Wajda livre là, un film très intimiste, beau et sobre, habité et transporté par la magistrale interprétation de Krystyna Janda.!

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Coline Crance

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