Musique

Livre : Anthologie du metal, vol. 1, chez Camion Blanc

02 janvier 2011 | PAR Mikaël Faujour

Excellente maison d’édition spécialisée dans les livres sur le rock, Camion Blanc publiait récemment le premier – épais – volume de l’Anthologie du metal, de Gary Sharpe-Young. Plus de 700 pages de biographies et de témoignages pour une exploration de ce genre vaste comme un continent : une somme très recommandable.


Au commencement, était Black Sabbath, groupe de Birmingham pratiquant d’abord un (hard) blues rock dans l’air du temps et qui inventa, comme par accident, le heavy metal, marquant la rupture avec les racines blues qui distinguaient les groupes hard rock de l’époque. L’auteur, d’ailleurs, s’attarde dans l’introduction à signaler qu’il écarte les groupes souvent cités comme étant – à tort – rattachés au heavy metal, basant sa distinction précisément sur cette rupture marquée. Black Sabbath, donc, groupe séminal, sans qui le metal n’aurait tout simplement peut-être pas existé. La bande à Ozzy Osbourne et Tony Iommi développe une musique lourde, implacable, forcément déroutante à l’époque, et signe d’abord une demi-douzaine d’albums fabuleux, auxquels rendra hommage plus tard Henry Rollins lors d’un concert de Black Flag : « Vous ne pouvez croire qu’en vous-même et dans les six premiers albums de Black Sabbath ».

À tout seigneur tout honneur, donc, et la présentation biographique de Black Sabbath est logiquement la plus longue du livre : plus de 60 pages pour embrasser une carrière de près de quatre décennies, faite de hauts et de bas, d’incessants allers-retours de musiciens et de ratés dignes de Spinal Tap. À ce propos, les anecdotes sur l’album Born Again et sa tournée (avec l’ex-Deep Purple Ian Gillan au chant) rappellent immanquablement le célèbre film : un nain intervenant dans la mise en scène dans un décor évoquant Stonehenge (« Stonehenge » est d’ailleurs un des titres du disque), à la surprise des musiciens effarés…

Explorant la première génération, Gary Sharpe-Young, présente les incontournables Judas Priest, Motörhead, Scorpions, mais aussi rappelle – et ce n’est pas un mince mérite – l’existence de ce groupe extraordinaire que fut Budgie. Le groupe ne décolla jamais sommets d’un Black Sabbath, se contentant de jouer une excellente musique sans bâtir la légende de provocation et portant un nom moins clinquant… Mais, plus tard, Metallica rendrait justice en reprenant le fabuleux « Breadfan » (écoutez ci-dessous la verson originale) et en attirant l’attention sur ce quatuor gallois. Sans compter que le groupe a influencé rien moins que des Soundgarden, Alice in Chains ou Queens of the Stone Age ou Monster Magnet.

Cette première partie de l’anthologie est concentrée sur 6 vastes catégories :

– le heavy metal (autrement dit, les pionniers, qui ont posé les fondations du metal) ;
– la NWOBHM (« new wave of British heavy metal », seconde génération du metal britannique, dont Saxon, Diamond Head (groupe dont Metallica reprendrait plus tard le classique « Am I Evil ? » et dont Lars Ulrich dirait qu’elle est la chanson la plus heavy jamais enregistrée), ou  surtout Iron Maiden, sont les plus célèbres représentants ;
– le thrash metal américain, avec Anvil, Death Angel, Flotsam & Jetsam, ainsi que le « Big Four » du genre (Anthrax, Slayer, Megadeth, Metallica) ;
– le thrash metal anglais, moins connu et plus anecdotique ;
– le death metal et le grindcore américains (Deicide, Morbid Angel, Death, Brujeria…), qui confirment en même temps que l’émergence du thrash metal la prédominance de la scène américaine après la domination britannique ;
– enfin, le black metal norvégien (Mayhem, Enslaved, Dimmu Borgir, Emperor, Burzum…), qui rappellent la débauche de vandalisme et de violence (assassinats, incendies d’églises…), qui excéda largement le domaine de la musique, dans lequel d’ailleurs les Norvégiens demeurent de fascinants explorateurs.

En somme, voici un premier volume très recommandable, même si ce livre n’a pas le caractère « vivant » des biographies. Les anecdotes sont peu nombreuses, quoique parfois croustillantes, et le travail se veut surtout factuel.

 

Concert de The Abyssinians au Cabaret Sauvage le 7 janvier
Casanova Production
Mikaël Faujour

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